SAINTE THÉRÈSE
Ayant cherché la trace de l’hallucination dans des systèmes, nous allons tenter de la suivre dans une vie.
Chez de grands penseurs, nous avons vu le génie hésiter, sans se décider, entre deux vues de l’hallucination. Parfois, elle est à ce point gonflée des forces de la perception qu’elle en vient à la menacer, à menacer même la réalité des objets. Tantôt au contraire, elle est réduite à n’être qu’une erreur de jugement, elle disparaît, elle est au moins bien difficile à sauver, que ce soit dans le parallélisme spinoziste, l'harmonie leibnizienne ou le bergsonisme, quand la perception est l’objet, quand le souvenir est du spirituel pur.
Nous allons voir les mystiques, familiers de l’hallucination, connaisseurs, n’élever aucun doute sur sa réalité de perception, mais se débattre dans un autre drame : l’hallucination, perception sans objet, misère de l’ascétisme insensé, n’a-t-elle pas parfois un objet, son objet, et ne peutelle, dans l’ascétisme héroïque, devenir apparition ?
Beaucoup de mystiques étalent abondamment leurs visions, d’autres les passent sous silence, paraissent les ignorer, et traitent cruellement ces fruits des excès ascétiques. Nous demanderons à une sainte équilibrée, qui a eu de nombreuses visions et locutions, qui s’est observée, qui a décrit ses états, qui en a fait la théorie, de nous montrer ce qu’on peut en penser et de nous dire ce qu’elle en pense.
Si nous l’étudions, hallucinée, non parmi les hallucinés ordinaires, maïs, fondatrice, observatrice et théoricienne, parmi les créateurs de systèmes, c’est un peu, nous venons de le dire, pour faire voisiner l’hallucination dans des philosophies vivantes, avec l’hallucination dans une grande