LES VISIONS MYSTIQUES : RÊVES
Balling ont une hallucination, jusqu’à l’instant où ils peuvent être attentifs, où leur âme n’est plus soluta, où la tension psychologique remonte, où la passivité cesse. Et dans le Traité Théologico-Politique, moins loin de Thérèse, nous avons vu que les visions et locutions sont à la fois des hallucinations et des apparitions : ope solae imaginationis, le prophète voit et entend Dieu, mais ces perceptions, nous en avons la certitude morale, sont véritables, véridiques, faites par Dieu, présence de Dieu.
Bien que les grands intuitifs dont nous avons parlé soient infiniment plus distants de Thérèse que le saint géomètre, quelques-unes des idées thérésiennes peuvent s’accommoder de Leibniz. Règle générale, les visions sont mauvaises. Notre âme, architectonique, avec des sensations confuses fait immédiatement des perceptions complexes et, comme le disait déjà Descartes, nous ne voyons pas des taches colorées, nous voyons d'emblée Pierre ou Paul. Notre âme est pleine d’imminences de perceptions; pour se réaliser, pour rayonner, nec auæiliis indigent, elles n’attendent que la sola sublatio impedimenti, telle que la réalisent notre hâte à opiner, notre goût de la passivité, notre propension aux convictions instantanées, aux certitudes que nous jugeons droites parce qu’elles sont fortes, aux idées claires admises pour leur seule clarté, mal cartésien, mal d’enthousiaste. Grâce à ces tares, la foi formidable que nous avons en la réalité de la matière et des objets matériels s’étend aux fantômes de nos rêveries ; et l’âme, qui produit d’ellemême ses perceptions correctes, et à plus forte raison ses visions, attache à ses songes comme à ses veilles le même sentiment de passivité, également trompeur iei et là.
Certaines hallucinations n’en ont pas moins leur vérité, peuvent être des phaenomena bene fundata ut iris, des rêves bien fondés. La monade, dont toute la série des perceptions est parfaitement spontanée, est représentative de l’univers, et les objets sont « les causes objectives » des perceptions. Ces objets sont les autres monades, et quand l’enchaînement de mes songes fait une perception, il y a, dans certaines monades, des manières d’être qui lui répondent. Dans l’immanquable harmonie, il en est toujours ainsi et il y a tous les degrés entre les visions infini-