‹ Études sur l'hallucinationChapitre 191 sur 366 · VISIONS MYSTIQUES : RÊVES BIEN FONDÉS · texte numérisé non relu

VISIONS MYSTIQUES : RÊVES BIEN FONDÉS

ment près d’être des songes absolus, et les visions dont l'objet leur ressemble infiniment. D'abord, la monade qui s'appelle moi, est un miroir perpétuel de l’univers, et le perçoit en tout instant tout entier; mais presque toutes ces perceptions sont « petites » et inconscientes, Les subites fulgurations des mystiques ne peuvent-elles être l’illumination soudaine et l'épanouissement à la conscience d’une de ces petites perceptions d'objets lointains et éminents ? Ensuite et surtout, s’il est plus aisé d'imaginer une Thérèse spinoziste que leïbnizienne, et de trouver du mysticisme orthodoxe chez l’impie critique du 7'ractatus plutôt que chez l’apologiste de la Théodicée, Leibniz ne pouvait-il pas dire, plus indulgent pour Thérèse que pour « les prophètes Cévenols » : la vision thérésienne de Jésus, c’est l’automatisme d’une âme très architectonique, souvent prompte à opiner, trop encline aux idées claires, trop amie de la passivité, trop enthousiaste; mais quand ses rêves lui montrent Jésus, il n’est pas impossible que la sainte monade, représentative de l’univers, puisse prétendre à un rêve et à une foi bien fondés, représentatifs de la monade divine; il n’est pas nécessairement faux, dans l’immanquable harmonie, que Jésus soit « la cause objective » de la vision ?

Dans une étude thérésienne, entre des excès d’aliéniste et la simplicité des explications hagiographiques, il est devenu nécessaire de chercher, et si on la trouve, de garder une position plus voisine de la vérité. Dans cette tâche, nous avons profité du chemin ouvert par M. Delacroix dès 1908, avec ses essentielles études sur sainte Thérèse 1.

Sa conception est très nuancée. A la fin de l’introduction et à la fin de l’ouvrage, il laisse la parole au psychiatre. « Nous avons donné aux sujets toute la sympathie que nous leur devions. Il est d’un esprit étroit de se refuser à comprendre, fussent-elles entachées de chimères et voisines du délire, les grandes variations de l’homme sur la vie »2.

« Les moyens que l’ascétisme emploie pour discipliner la nature rejoignent les méthodes artificielles d'intoxication

1. Etudes d'Histoire et de Psychologie du Mysticisme. Les grands Mystiques chrétiens. Paris, Alcan, 1908. — 9. XIX.

Page 1