XXII INTRODUCTION
Hallucination parce qu'endogène et interne, la perception est fatalement l'expression régulière d'un objet nécessairement présent et responsable. On dira un jour : c'est une hallucination vraie; elle est déjà un rêve bien fondé.
À côté d'elle, laissée par elle, l’image est une trace, ei la monade contient, comme une formule une série, les traces de tout son passé ?; et imaginant ces traces comme l'exigent nos relativités, nous les comparerons, non aux empreintes de Platon, mais aux ondes et aux tourbillons qui s’éternisent dans le flux indéfini d’une eau.
Chez le Leibniz de l'Harmonie, plus probable qu'explicile, ces souvenirs, ces images, sont liés à un objet passé et à une réalité extérieure présente tout autres que l’objet qu'a eu la sensation; l'harmonie universelle et immanquable exige donc qu'images et sensations, rivées à des objets spécifiquement différents, soient spécifiquement différentes.
. Mais le Leibniz de l'harmonie était aussi celui de la tradition et de la continuité; et, resté ici prisonnier de l'une et l’autre, il ne trouvera pas autre chose entre la perception et son souvenir qu'une différence de degré.
On le verra bien quand il s'agira de les distinguer. Nous ne irouverons alors ni une certitude immédiate ni une démonstration. Il faudra se contenter de critères incertains : la sensation est « vivida, multiplex et congrua » plus que l'image, tous les hommes s'accordent sur leur distinction et, agissant conformément aux différences que nous leur attribuons, notre action réussit. C'est finalement avec notre raison que nous distinguons nos sensations de nos images, selon la facilité avec laquelle nous les insérons dans des systèmes logiques qui se tiennent et nous font vivre.
:L'échec, c’est l'hallucination et le rêve.
2%. Et de tout son avenir.
INTRODUCTION XXIIL
Dans la théorie leibnizienne la plus probable, ce sont de faux jugements sur des sensations et souvenirs actuels, un rêve faisant des perceptions quelconques avec des sensations quelconques, n'importe quoi avec n'importe quoi. La sensation suggère, elle « insinue », et notre âme, « architectonique », construit ses perceptions.
Chez le Leibniz de la différence de degré, l'image est déjà une perception virtuelle. Elle tend à se réaliser, les souvenirs pressent sur les fissures de l'inconscient et « tendent à rayonner plus vivement », perceptions naissantes qui ne demandent qu'une libération pour paraître au dehors.
C'est le Leibniz de l’hallucination, interprétation faufive, qui semble l'emporter; et, lorsque se discute l'exemple de la tour carrée prise pour ronde, le leibnizien et le spinoziste, privés tous deux de la vue des angles, voient, celui-ci la rondeur, et celui-là que la tour est ronde. Dites-leur qu'elle est carrée. Le leibnizien le verra, mais non le spinoziste. À celui-ci il ne suffira pas de dire : il y a des angles; il faudra les lui montrer et qu'il les voie. Ainsi s'affrontent, dans les dessous du vaste leibnizianisme, les énigmes du rêve et de la perception.
Dans l’histoire philosophique de l’hallucmation, nous avons donc choisi deux cas : mais il ne fous a pas paru possible de passer de la métaphysique spinoziste ou leibnizienne à l'observation clinique actuelle sans résumer d’abord la pensée d’un philosophe à la fois actuel, de premier plan et purement philosophe, Très acluel et très maître de la science de son temps, Bergson est de la lignée des « méditatifs » dont Malebranche se glorifiait d’être, dût-il encourir les railleries des savants et du sens commun. Mais Bergson est un anti-Taine, et Taine subordonne toute la philosophie à l'hallucination. Aussi n’ai-je pas pu ne pas nommer ici, bien que d’une classe philo-