EXTASE DIVINE : SES EFFETS SPÉCIFIQUES
2. — Le ravissement divin produit de grands effets, 1l nous fait faire de subits et amples progrès ascétiques ; sans savoir comment, l'âme se trouve plus humble et plus forte, plus joyeuse et meilleure; et ces sentiments ne sont point vains ; à ses œuvres, l'âme voit qu’ils sont justifiés; elle est plus apte que jamais à travailler efficacement, à son rang, dans son cadre, et pour le bien du service. Quand, au contraire, elle s’est laissée aller à un faux ravissement, tout ce qu’elle en peut retirer est un progrès banal, illusoire, dont la première épreuve montrera la vanité; à moins que l’âme ne sorte tout simplement de sa basse jouissance hébétée, abêtie, toute prête, à toute occasion, à se laisser retomber dans cet état, exposée aux « mille illusions de la mélancolie », livrée à une agréable démence 1. Le grand fruit du ravissement authentique n’est done pas seulement
l’euphorie — les pires maladies la provoquent —, ce n’est pas seulement un surcroît d'activité et de force de l’individu — le somnambulisme complet l’établit —, c’est la
perfection du serviteur, du soldat; et cela est revendiqué comme spécifique par le mysticisme catholique.
Pour s'expliquer cela sans cesser de faire de l’extase un accident névropathique quelconque et rien de plus, il faudrait singulièrement grandir le mystique. Sa puissance d'organisation lui permettrait d'utiliser aussi bien sa maladie que sa santé; il serait capable d'exploiter ses accidents, de trouver dans ses syncopes, catalepsies, paralysies, convulsions, hallucinations, les aliments de son progrès, et de plier à une synthèse les facteurs de sa désagrégation. On comprendrait à la rigueur que le mystique pût observer ses propres accidents; on comprend mal qu’il sorte de ses syncopes avec une personnalité perfectionnée; on ne voit pas comment des crises de catalepsie prises pour de l’extase divine vont donner, non pas seulement de l’euphorie et de la dynamogénie, mais plus de raison, plus de vertu disciplinée, plus de bienfaisance, une synthèse qui paraît vraiment supérieure aux ressources de l’organisme et de l'inconscient : celle d’une activité plus haute et d’un renoncement plus profond. Et si on prétend comprendre