L’ÂME NE RECULE PAS
t-elle aux faiblesses et vanités passées ? Tous les biens, les vertus, les choses de la foi ne sont plus que des choses sans vié, des mots, des sons lointains. Et tout cela est définitif ; ce brouillard ne se lèvera pas, ce purgatoire n'aura pas de fin L’âme en est sûre, comme elle était sûre, au temps des félicités, que leur ère était sans limite 1.
FORMES. — Parfois, certains symptômes s'affichent : la stupidité, l’insensibilité, l’indifférence. L/âme n’a plus de sentiments, n1 tristesses ni joies; elle n’a plus d'intelligence, elle lit et relit sans comprendre, elle est l’ânon passif qui suit les autres, et paît sans même le savoir ?.
Il arrive enfin, forme agitée du mal, que l’entendement se démène, débite toutes sortes de sornettes absurdes et incohérentes, folies, choses de rien, indifférentes, « athématiques », diraient les psychiatres; et c’est parfois un jeu d'images sans danger que l’âme peut trouver quelque divertissement à regarder ?.
SYMPTÔME NÉGATIF. — Mais parmi ces tristesses et ces déchéances, des faits singuliers et puissants balancent tous les autres.
1° L'âme ne recule pas. La pensée de Dieu, le souci de ne pas l’offenser, la nostalgie des choses divines ne s’effacent pas, ne s’atténuent pas; l’âme reste pure même du péché véniel.
2° Cette irréversibilité s'affirme aussi dans l’ordre intellectuel, Assaillie de doutes et de scrupules, l’âme mystique ne retourne pas aux procédés ascétiques des débutants, à la méditation sur soi et les vérités révélées. L’oraison de simplicité où elle s’est élevée, sans réflexions ni discours, est momentanément vide d’émouvantes images, de tendresse et de réconfort; n'importe, dans le silence et la nuit, elle reste fidèle à cette immobile oraison théocentrique où Dieu n’est plus.
DurÉE ET CARACTÈRE CYCLIQUE. — Ce morne cheminement dure de quelques heures à de longues années et (les mystiques le précisent depuis toujours) { tout au long de sa vie fervente, l’âme assiste à l’alternance des sécheresses
1. Vie, XXX: Relation 1; Vie, XXXI, XXXVII. — 2. Vie, XXX. — 3. Ibid. — 4. Diadoque de Photicée, cité par G. Horn in Revue d’Ascétique et de Mystique, 1927, p. 429.