L'ÂME PROGRESSE
et des consolations, Elle a ses accroissements, comme le corps, mais pas à sa manière : il grandit sans décroître ÿ. Elle, courageuse et détachée ce soir, sera, demain, plus faible qu’une fourmi, et furieuse pour un mot déplaisant $ N.-S. vient lui-même préciser à la sainte le rôle essentiel des sécheresses dans la marche à la perfection ; et l’âme les subira jusqu'à la parfaite possession de l’habitude des vertus, de l’entier détachement du monde, de soi-même et des consolations ?.
TERMINAISON DE LA CRISE. — En attendant l’équilibre définitif du Mariage spirituel, comment finit une crise de sécheresse ? Commencée brusquement ou graduellement, à la fin d’un effort, au milieu d’une joie, sans prétexte apparent, elle finit de même, selon une loi inconnue; elle est parfois brusquement suspendue ou guérie par un grand acte dévot, par une consolation, par une parole de Dieu. Les amis s’efforçaient, l’âme soignait son corps; tout était vain; quand une communion, un mot, « c’est moi », « Je
suis là », viennent transfigurer l'âme, —— pour des années ou pour quelques heures.
SUITES. — (Quand la lumière se fait, l’âme découvre
qu'elle a progressé! Elle sort de sa maladie plus détachée du monde et d’elle-même, plus abandonnée à Dieu, plus forte devant les épreuves, plus déterminée devant les rigueurs de l’ascétisme. Ses idées d’indignité, de déchéance, de chute, étaient illusoires, les douloureux efforts de sa demi-paralysie n’ont pas été inefficaces et, dans la montée de l’âme fervente, les sécheresses ne sont pas des oscillations descendantes. Que sa course soit douloureuse ou joyeuse, qu’elle plane ou se traîne, l’âme monte toujours et — à la limite — en ligne droite, toujours sous la même tension, avec la même vitesse, mais selon un rythme tour à tour heureux ou désolé, dans une atmosphère joyeuse ou funèbre, parmi des sentiments de puissance ou d’inhibition. DraGnosric. — Cette singulière montée, avec sa sensation de chute, appelle un diagnostic. Il est à faire avec des états très divers, dont quelques-uns pourraient s'appeler les Tourments, l’Acedia, la Mélancolie, le Regret de l'Egypte, l’Epreuve joyeuse, l’Ascèse sans consolations.
5. Vie, XV. — 6. Chemin, XXXVIII. — 7. Jean de la Croix, Nuit, II.