‹ Études sur l'hallucinationChapitre 221 sur 366 · L’EXTASE DE DOULEUR · texte numérisé non relu

L’EXTASE DE DOULEUR

Les Tourments $. — Dieu, le trésor caché, est plus intime à nous que nous-mêmes, à notre substance, à tout le détail de nos actes; mais il n’est accessible qu’à la foi et ne peut être ni perçu ni senti; et, selon nos phases affectives, cette âme de notre âme est éprouvée comme présente ou absente. Dieu est toujours là, mais « derrière le mur », et cette forme de la présence est exquise ou crucifiante. Thérèse sait tout cela, elle y insiste sans cesse, et elle décrit avec soin une grâce postérieure et supérieure à tous les ravissements joyeux : les tourments, les transports, les transpercements, l’extase douloureuse, la flèche de feu, la foudre.

C’est un état aigu et violent. Subitement, l’âme, séparée d'elle-même et de tout le créé, se sent séparée de Dieu. Les personnes les plus chères ne sont que des ombres, et l’âme est incapable de répondre à leurs appels et à leurs secours. Dieu est infiniment loin, plus désiré et plus inaccessible que jamais ; 1l fait comprendre ses perfections mais dérobe sa personne, sa justice frappe et sa miséricorde se refuse. Et l’âme, crucifiée entre ciel et terre, ne sent plus d’ellemême que sa misère — un bas-fond —, sa laideur — un absolu —, et sa réprobation — une éternité. « Je suis le cadavre oublié ». « Les verrous de la terre sont tirés sur moi ». « C’est la marmite vide sur le feu » ?. Rien de tout cela n’est corporel; mais l’âme quitte presque le corps, la mort est —— à la lettre — imminente, et les phénomènes physiques de l’extase apparaissent : extase de douleur extér'ieurement identique aux ravissements l,

Que le sentiment soit de présence ou d’absence, que l’extase soit positive ou négative, la Contemplation exquise ou atroce, Dieu est toujours là, ouvrier, objet, contenu de ce tourment. « Bien insensé serait celui qui s’imaginerait alors que Dieu s’est éloigné, et qui, recouvrant la délectation, croirait être rentré en possession de Dieu » 1, Aussi Thérèse constate-t-elle avec stupeur qu’une secrète jubilation est intimement mêlée à la peine, et que cette excessive

& Vie, XX, XXXIX, XXX, Relations LIV, XII; Château, V, II et VI, XI, etc. — 9. Psaumes et Jonas, in Jean de la Croix, Nuit, II, VI. — 10. Souvent, le plus souvent, les transports douloureux laissent les puissances libres, la conscience pleine et aiguë; et quand l’extase intervient, c’est une extase de jouissance qui succède à la douleur; Vie, XXIX; Relation 1. — 11. Jean de la Croix. Sentences et avis spirituels, 274.

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