LES ÉTATS HÉROÏQUES
douleur cause une suavité excessive. Le feu délecte, le cautère caresse, guérit la plaie qu’il creuse À, et, au sortir de cette torture, l'âme constate qu’elle y a fait d'immenses progrès. De l’or sort du creuset, Le bois, jeté dans la flamme, n'offre plus rien à détruire, et devient la flamme même.
Nous sommes devant un état héroïque, où l’âme se consacre toute à la triple réalité de sa solitude terrestre, de l’absence de Dieu et de sa propre laideur ; c’est l'horreur de soi, le détachement du créé allant jusqu’à l’anesthésie et à la paralysie, la perception aiguë de l’absence malgré ravissements et unions. Nous sommes loin des pauvretés de l’état de sécheresse. Le bois est dans la flamme.
L’ascèse sans consolations..…. ni sécheresses est un des chemins préférés de Marthe. C’est la progression volontaire, lente, à pas comptés, sans coups d’ailes ni précipices, la mortification en quelque sorte scientifique du vieil homme, une union de volonté qui est au fond la véritable union et qui mène aussi haut. Ici, les statues de l’église ne sont que du plâtre, et le ciel une voûte plus ou moins belle qui ne s’entr'ouvre jamais, Mais l’athlète, chargé d'épreuves et de tentations, sans jamais recevoir ici-bas un commencement de récompense, affronte tout avec calme et résolution, est au-dessus des orages affectifs.
L'épreuve joyeuse rappelle, sur le plan du surnaturel ordinaire, les suavités de l’extase douloureuse. C’est la jubilation dans les épreuves extérieures. [’âme court audevant des croix, elle se fait une joie des sacrifices, qui la déchirent tout aussi douloureusement qu’une autre. Dans les minuties de l’humilité et de l’obéissance, dans les humiliations, dans l’acceptation silencieuse des injustices qu’un mot rectifierait, elle trouve toujours et quand même la joie et la paix. Thérèse de l'Enfant Jésus, dans le souterrain où il ne fait ni jour ni nuit, ni froid ni chaud, où elle marche sans savoir qu'elle avance, est heureuse, « bien heureuse », pareille à la statue de saint François de Sales, de servir son maître gratuitement, Ici, comme, dans les sécheresses, l’âme se sent laide, coupable, indigne; mais, dit partout la sainte, c’est l’humilité vraie, celle où l’on s’abîme au