LA MALADIE
sein même des plus hautes faveurs, l'humilité saine, qui pousse aux œuvres, accroît la résistance au mal, nous confirme nos progrès, préserve de l’orgueil et se concilie avec la magnanimité, les projets, les entreprises, loin, très loin de l’humilité des mélancolies, qui désole et laisse sans défense devant le péché.
Dans l’Acedia, le Regret de l'Egypte et la Mélancolie règnent la nature et la maladie. Par contraste, s’affirme ainsi l'originalité des sécheresses.
l’Acedia est aussi un reflux affectif, et le mystique, toutes consolations disparues, y retrouve les impuissances et les délires tristes; mais il s’y ajouterait une chose terrible, le dégoût de la Croix et des devoirs religieux. Dans les sécheresses, l’âme avance toujours et ne perd ni le souci ni le désir nostalgique de Dieu et de la perfection. Ici, le fléchissement est général et le péché fait son apparition. Tout à l'heure, disent les théologiens, la dévotion accidentelle était seule touchée; maintenant, la dévotion substantielle est atteinte à son tour.
Le Regret de l'Egypte. — Dans les sécheresses on revoit quelquefois le;: faiblesses et vanités passées, mais ce sont des tentations fugl'ives qu'écartent ou neutralisent le détachement, le dégoût du créé et l’impuissance actuelle à faire l'effort d'y retourner. D’autres fois, les choses créées, qui étaient devenues des ombres, retrouvent quelque charme, l’âme affaiblie laisse dénouer ses bras de la croix et soupire : qui me rendra mes coquetteries, mes succès mondains, mes causeries au parloir avec le visiteur que j'ai renvoyé. Dans les tristesses et les privations du désert, la pensée de la manne, la manne elle-même, n'empêche pas de regretter les nourritures de l'Egypte et, cette fois, l’âme recule, le péché apparaît. Un pas de plus, et si une renaissance affective surprend l’âme en cet état, le monde pourra être préféré à Dieu. « Vous vous êtes éloigné une fois... je n’en éprouvais aucune douleur, je n'avais pas le plus petit désir de retrouver le bien perdu » F.
13. Sainte Gertrude; citée par Poulain. Grâces d’oraison, 10° éd., 90