‹ Études sur l'hallucinationChapitre 228 sur 366 · LA MORT AU MONDE · texte numérisé non relu

LA MORT AU MONDE

ue la ramène à l’oraison. Elle y amène pourtant autrui et elle aide son père à mourir saintement. Elle se décide alors à obéir à Vincent Baron : elle revient à l’oraison, par devoir professionnel. Lourde tâche, travail sans goût, ennui, lutte desséchante contre la pensée et le rêve, regards au sablier. Et toujours les affections mondaines, les péchés véniels, l’encouragement de sots confesseurs à concilier les contradictoires, Et cela dure quinze ans.

Elle progresse pourtant et, trois ans avant qu’elle meure tout à fait au monde, des émotions solennelles jalonnent sa route : l'émotion, devant l’£cce Homo « rangé » dans son oratoire, le bouleversement à la lecture des Confessions.

Les grâces, jusqu'alors comptées, commencent à foisonner. Les critiques s’aigrissent : elle fait décidément la sainte. Les amis s'inquiètent : « c’est le démon ». Et Thérèse a un dur labeur à accomplir, d'autant plus lourd que, « peu sensible », elle ne se plaît pas « aux dévotions niaises qui charment les femmes » : il faut rompre les derniers liens humains, il faut se convaincre de la divinité des grâces. C’est alors que les Jésuites la découvrent, la comprennent, bien que leur soit suspecte cette oraison passive et sans travail intellectuel. Ils confirment la divinité de ses unions, et — c’est loin d’être certain — lui font peut-être faire les Exercices.

Le triomphe : la rupture totale avec le créé, est imminent, et un mot de N.-S. achève d’effacer le monde. La sainte à quarante-trois ans.

Joie! Pleurs de joie. Mais mortelles alarmes, car la question angoissante est toujours là : ces voix, est-ce Dieu, le démon, ou la nature ?

La voici toute à la perfection, à l’époux céleste ; le monde n’est plus qu’ombres; pas une attache, les proches lui sont à charge *, elle est rompue à l’obéissance stricte et à l’humilité intégrale ; elle est dégagée —- dira Jean de la Croix — de toute la vie naturelle; ses sens, sa mémoire, sa raison, sa volonté, sont morts; elle n’est plus que passivité..…. Sa vie active commence. Elle sort du couvent, promène infatigablement le cloître sur les routes, compose un modèle

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