‹ Études sur l'hallucinationChapitre 23 sur 366 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

On sait enfin à quelle théorie psycho-physiologique de la perception et de l’image aboutit tout cela. D'un côté, dans l'espace, l'objet matériel; de l'autre côté, dans l'inconscient psychologique, la totalité de notre passé sous forme de souvenirs inconscients, d'objets virtuels. L'objet réel agit sur les centres dits sensorièls pour y déclencher la seule chose dont soit capable le système nerveux : un mouvement, imitation de l’objet ou autre réaction à l’objet, le schème moteur. L'objet virtuel, le souvenir ultra-cérébral actionne alors les centres dits imaginatifs, quelque chose comme le pli courbe pour les souvenirs visuels, la première temporale pour les souvenirs auditifs: et les centres imaginatifs agissant à leur tour sur les centres sensoriels, le schème moteur correspondant à l’objet se trouve excité à la fois par l'objet réel el par l’objet virtuel : l’objet est perçu; les souvenirs voulus s'éveillent; l'objet est reconnu.

Mais Bergson ne s'oppose pas longtemps à ses devanciers, Le souvenir qui diffère radicalement de la perception est le souvenir pur, latent, virtuel, psychologique et inconscient. Le souvenir conscient de Bergson est une perception. Le présent est sensation et mouvement et n'est que cela; aussi, dès que le souvenir est conscient, est-il présent et perception. En passant de l'inconscient au conscient, il se transforme, il s'élance au dehors par les fibres centrifuges des nerfs sensoriels, il s'extériorise, se localise et s'étend. Ce qui différencie alors le souvenir de la perception, c'est qu’elle vient de l’objet tandis qu'il émerge de l’inconscient psychologique, c’est leur origine et la conscience de l'acte qui les éveille. L’hallucination pathologique est la perte de conscience de cet acte : l'émersion d’un souvenir-perception hors de l'inconscient psychologique et du passé.

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