‹ Études sur l'hallucinationChapitre 231 sur 366 · PAS DE CONTEMPLATION INTEMPÉRANTE · texte numérisé non relu

PAS DE CONTEMPLATION INTEMPÉRANTE

avec les ascètes sains, elle rirait de nos efforts pour faire de leurs pratiques une maladie. Mais elle ne s'y spécialise pas; dans les audaces ascétiques, elle n’oublie pas qu’il faut d’abord rester en santé et en Joie, elle ne se gorge pas d’austérités, elle n’en fait pas une gourmandise spirituelle, elle précise que le « Zt ne nos inducas in tentationem » a parmi ses sens « délivre-nous des austérités indiserètes » %#; elle sait que l’essentiel n’est pas examen de conscience, pénitence et mortification; la grande chose, c’est de se tourner vers Dieu et de l’appeler. Ce n’est pas à force d’austérités qu’on tue le vieil homme et qu’on naît à la vie nouvelle, c’est à force de suavités.

Elle n’est pas jalouse de celles des autres. Quand elle recommande de traiter les mélancoliques incoercibles par l’autorité et le fouet, quand elle découvre sous les extases et visions d'autrui des évanouissements et des hallucinations, ce n’est pas pour s’écrier : « Ne mettez pas mes consolations sur le même plan que les divagations de cette femme » ®. Elle ne monopolise rien. Ce lui est une jouissance incomparable que trouver dans une âme les dons qu’elle a reçus #, Elle voit autour d’elle des âmes royales *7. Il lui est doux de voir ses sœurs faire éclater leur jubilation %, Elle voit entrer à Saint-Joseph des jeunes filles; en quelques mois, en quelques jours, elles ont le vol d’un aigle, et Thérèse est un poussin qui a un fil à la patte ®. Mais dans son élan vers les célestes folies, elle reste raisonnable et n’est pas une contemplative intempérante et invétérée. Corrigeant par ordre une dissertation sur le « cherche-toi en moi », elle glisse dans une charmante lettre, à propos de la copie remise par Jean de la Croix : « Dieu nous garde de ces gens si spirituels qui veulent tout ramener sans choix à la contemplation parfaite. Eh quoi ? la Madeleine, la Samaritaine, la Chananéenne étaient-elles mortes au monde quand elles virent le Seigneur » # ? Même dans l’exercice de l’oraison, elle prêche la mesure : que les prieures qui ne songent qu’à l’oraison n’en imposent pas à leurs sœurs, sur-

tout après matines ; « il vaut mieux aller dormir » “.

34. Chemin, 39. — 35. Propos d'une malade de Janet; de l’Angoisse à l’Extase, I, 155. — 36. Vie, XXX. — 37. Chemin, VI. — 38. Château, VI, VI. — 39. Vie, XXXIX. — 40. Hist., II, 251. — 41. Fondations, XVIII.

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