‹ Études sur l'hallucinationChapitre 233 sur 366 · LA PERCEPTION DE DIEU · texte numérisé non relu

LA PERCEPTION DE DIEU

Les uns affirment : « le Mystique perçoit Dieu, le touche, le voit »; et les autres répliquent : « la prétendue perception de Dieu n’est que foi et amour, élans affectifs, inférence, illusion ».

Que la poursuite en soit vaine ou qu’elle ait des chances de succès, cette perception ne doit évidemment pas porter sur une figure humaine, une colombe, un triangle, des images apocalyptiques ou les vastes jouissances cœnesthésiques de l’extase. Ces visions et suavités sont importantes, respectables et utiles, mais le mystique s’en détourne surnaturelles et divines, ce ne sont pourtant que des créatures et il veut voir l’incréé, Dieu, non des messagers qui ne savent que balbutier !,

Péniblement, le Mystique renoncera au face à face pour le temps de l’exil. Plus ou moins clairement, il rejoindra l’ascète sur les mêmes sommets : foi et amour. Mais le désir de l’ultime vision est là, ferment de la vie mystique.

Et pourquoi ne verrais-je pas Dieu tout de suite ? Le voici, présent, en moi. On me prescrit l’exercice de la présence de Dieu. Je dois, avec la continuité dont Il me rendra capable, grossièrement ou subtilement, me dire « Il est là, à un mètre »°; je vais vivre tous les instants de l'Evangile, y appliquer mes sens, regarder trembler les menottes de l'Enfant, l’écouter vagir, le respirer, baiser sa paille ?. En adorant Jésus, en communiant avec ses vertus et ses douleurs, en espérant avec lui, je [aurai « dans les yeux, dans le cœur et dans les mains » {. Mais la présence est bien autrement intime et substantielle. Il est plus que l'ami, le frère; je suis plus que « revêtu » de J.-C.; il est,

1. Jean de la Croix, Cantique, VII. — 2. Die Ubung der Vergegenwärtigung Gottes. Ein Büchlein für die Seelen die nach Vollkommenheit streben; M. Hock, Anal. in Revue d'Ascétique et de Mrystique, 1921, X, 415-420. — 3, Les Exercices, — 4. Méthode de saint Sulpice.

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