L'INTUITION DE DIEU
sonne, l’esprit réussit un acte où le Mystique s'efforce de retrouver l’essentiel de la perception : « une appréhension non discursive mais immédiate, saisissant l’objet dans sa singularité »°, une intuition, une intuition intellectuelle. Avec elle, dont de fort bons théologiens contestent d’ailleurs la possibilité, on est déjà dans l’ineffable. Mais qu'importe au mystique ; il a déjà un à peu près de l’intuition intellectuelle dans la façon dont notre raison dégage les principes rationnels de leur matière sensible, il discerne dans la sensibilité quædam participatio intellectus, et 1l construit, au-dessus de la raison raisonnante, en symétrie avec les sens corporels, un organisme de sens spirituels capable de Dieu.
Les sens spirituels perçoivent Dieu lui-même et tel qu’il est, débarrassés de l’inférence et de la relativité. L’absinthe n’est pas formellement amère; c’est pourtant l’absinthe elle-même, et immédiatement, que nous révèle cette amertume. Ainsi pour la douceur de Dieu”, Sans doute, avec notre connaissance analytique et partielle de créature bornée, nous ne pouvons prétendre atteindre la Simplicité parfaite et l’Infini infini. Mais, tout Un qu’il est, Dieu n’oppose pas le tout ou rien à la connaissance humaine.
Comment se fait la perception de Dieu ? Comme l’intuition sensible. Par une action directe de Dieu sur mon esprit ? Certes non... quæ sententia omnino rejicienda est*. Aristote l’a établi : sensibile supra sensum non sentitur; omnia sensibiliu sentimus per medium. Comme la matière mais pour d’autres raisons, Dieu ne se prête pas à une intuition littéralement immédiate ; entre nous et lui comme entre la matière et nous s’interpose une créature illustre, la species ; non pas, évidemment, la grossière pellicule épicurienne, mais un être n fLeri, intentionnel, ni matériel ni psychique ?. Une species créée nous fait connaître la
5. Picard, Rev. d’Asc. et de Myst., I, 1923, 40. — 6. Gardeil, Structure de l’âme et Expérience Mystique, I, XIV-XVII. Il n’y à qu'une intuition : l'intuition sensorielle — 7. Picard, Rev. d’Asc. et Myst., 1923, IV. — 8. Jean de Saint Thomas, in Picard, 1. c. — 9. Ce n’est pas le refroidissement de la peau qui nous fait sentir le froid, ni parce qu'elle éclaire la rétine et s’y dessine que nous percevons la flamme (Durand, cité par Picard, {. C.). Hanc similitudinem defectuosam el analogam non oportet inveniri in specie impressa (Suarez, ibid.). Species maäteriales non sunt