SA CONDITION : L'EXTASE
eréature, une species créée vient au mystique de l’incréé et de l'infini, et lui donne d’en apercevoir quelque chose.
Il y a une autre condition de la perception de Dieu, bien singulière. Jusqu'ici, le meilleur moyen de penser juste, fort et loin était d'ouvrir largement les sens et de mouvoir énergiquement toute l'intelligence. La perception de Dieu n’est au contraire possible que si les sens sont fermés et l’intellect immobilisé. Quando non utitur corporis sensibus aut etiam imaginatione sicut accidit in raptu, potest contemplatio hujus vitæ pertingere ad visionem divine essentiæ 9, Dieu crée en nous une species qui nous le montre le jour où toutes les autres créatures psychiques sont expulsées de notre âme; alors N.-S. la remplit nécessairement de lui!1, La lumière divine qui nous inonde n’est visible que si Dieu fait en nous les Nuits de Jean de la Croix, nous délivre des sensations, des passions, de la pensée; de la veille et du rêve.
Les Restrictions.
Mais ce n’est que dans des passages bien rares, bien isolés, tous discutés, que les mystiques penseurs et les théologiens spirituels paraissent faire de l’union avec Dieu une perception de Dieu; et on s’y heurte sans cesse à des « quasi ». Nul n’évite cette mortelle restriction, et quand l'affirmation de la perception de Dieu perd ses privilèges d’intuition profonde pour devenir une théorie scolaire et se préciser À, tous les maux de Ja relativité l’accablent. La species révélatrice de Dieu, l’espèce infuse dont il est l’objet, est une créature; et, en elle, on voit Dieu comme la cause dans son effet, visio est utriusque simul.. si l’effet exprime la cause. Il l’exprime, dit le théologien, si on à la modestie de se rappeler la distinction scolastique entre « l’effet-passion » et « l’effet-réaction ». Le soleil est chaud
perfectiores objectis suis sed potius vestigia quaedam ipsorum.… neque Obstat speciem minus crassam videri quam objectum; talis enim subtilitas dt) as Dotius entitatis quam ad spiritualitatem refertur (Suarez,
10. Saint Thomas, cité par Farges, Théologie mystique, I, 325. — 11. Cf. Château, VII, II. — 12. Farges, L. C., Passim.