L'INTUITION DE NOTRE ÂME
Et quand le commentateur renonce à une sensation trop déchue ou trop effrayante #, quel exemple d’intuition constatable lui reste-t-il pour sauver la perception de Dieu ? C’est notre intuition de notre âme.
Courageusement rivé à cette dernière clarté, il méprise les catholiques qui osent écrire : l’intuition de soi est l'illusion d’un raffiné qui prend la conscience aiguë de la sensation pour la coïncidence avec l'être #; il oublie un mot bien curieux de sainte Thérèse : nous savons que nous avons une âme parce que la foi l’enseigne et que nous l'avons entendu dire #; il raisonne enfin ainsi : par une inférence immédiate, je saisis l’existence de mon âme; pour aller plus loin, pour la connaître, je suis contraint de passer par le détour de mes actes et de mes perceptions, qui ont toujours pour objets autre chose qu’elles-mêmes ; mens nostra non potest se ipsam intelligere ita quod se ipsam immediate apprehendat... Anima est sibi præsens, sed non per se ipsam intelligitur.. Qualis est sua natura mens non potest percipere nisi. ex consideratione objectorum suorum. Mais si notre connaissance de notre âme est indirecte et si notre intuition immédiate se borne à nous dire l'existence et la présence de l’âme, cette intuition existe. Dans chaque pensée, chaque perception, dans la conscience de notre vie, dans l’experientia animationis, nous sentons notre âme, nous la touchons : contactus animæ experimentaliter sentitur, etiamsi in sua substantia non videatur ?,
Ainsi sentons-nous Dieu, âme de notre âme, d’une intuition immédiate mais absolument obscure, à travers les ineffables états que pénètre son intime présence #8.
À mesure que la perception de Dieu se dématérialise et, avec l’intuition obscure, paraît s’anéantir, on devine l’inséparable entrelacement que feront entre eux « l'Amour », « la Foi », « la Vue de Dieu », « l'Union », « la Ténèbre ». — « La Purification, la Contemplation et la Pauvreté
24. Pour qui n’est pas empoisonné de Luxure, la seule attitude possible devant le Baiser du Cantique est « l’effroi ». — 95. Citation par Farges, in la Philosophie de Bergson, 420. — 96. Château, I. — 27. Jean de Saint Thomas, in Garrigou Lagrange, Vie spirituelle, VII, 1923. — 928. Jean de Saint Thomas, in Gardeil, L. C., II, 238-244.