LA TÉNÈBRE
Nuit où rien n’est perçu. Quand il ne délire pas et consent à être cohérent, le mystique laisse plus résolument la perception à l’autre vie, et ne cherche pas ici-bas à palper Dieu dans la nuit. Il lui suffit de savoir qu’Il y est, et que Sa Présence explique la joie et la vertu de son serviteur. Il sait que ni la méditation amoureuse, ni l’inconscience de l’extase, ni le paisible regard du Mariage spirituel ne le percevront.. Von igitur visio beati a visione viatoris distinguitur per hoc quod est perfectius et minus perfecte widere, sed per hoc quod est videre et non videre ®. « Ceux qui sont affranchis et inaccessibles à tout ce qui est vu... pénètrent dans l’authentique Ténèbre..…. d’où est exclue toute réceptivité d'intelligence... Par cette séparation absolue de toutes choses, par cette délivrance universelle, ils sont élevés au rayon surnaturel de l’obseurité divine » #, C’est dans cette folie qu'est la sagesse %#,
Malgré tout notre amour, nos exigences et nos droits, Dieu, âme de notre âme et intimement présent à tous nos états, n’est jamais objet de conscience. La Présence se confond avec La Ténèbre.
On ne dépassera pas La Foi. La Foi : le Dieu personnel, les mystères précis, c’est une parole. Nous pouvons plus ou moins la connaître, elle peut plus ou moins nous émouvoir et nous suffire; pour absolue que soit notre croyance, ample et intense notre connaissance, ardente et efficace la passion qu’elle nous inspire, elle ne porte jamais que sur les expressions humaines d’un objet inaccessible, Nous n’irons pas plus loin; mais si nous voulons nous élever au seuil du mystère, au plus près du point extrême où la foi confine à la vision et l’expression à l’objet, atteindre enfin l'Ultimum potentiæ, c’est justement la seule foi qui nous y portera.
Il faut se garder d'imaginer qu’elle est à l’opposé de la Présence et de la Ténèbre, qu’elle se réduit à un système compliqué d’histoires, de raisons et d’abstractions, chose
32. Saint Thomas, in Saudreau, L. C., 322-323. — 93. Denis le Mystique, in
FR L. C., 74, 139. — 34. Saint Thomas, in Joret, Vie spirituelle, octobre