JEAN DE LA CROIX
les exagérations verbales disparaissent et, chez les modèles, les élans les plus confus ne masquent jamais les affirmations stables. Jean de la Croix cite bien, et imagine, des choses assez fortes : Celui qui s’unit avec Dieu est un seul esprit avec Dieu, ses mouvements sont divins, son entendement, sa volonté, sa mémoire, son appétit sont Dieu, mes supplications viennent de Toi, Tu gémis par ma bouche, mon jugement sort de Ta face!. Mais quand il le faut, et dans l’édition critique comme ailleurs, le saint ne manque pas d'insérer la restriction qui va sans dire l’âme devient divine autant qu’elle en est capable; quand le cristal et le bois ne se laissent plus distinguer du rayon et de la flamme, ils n’en sont pas moins distincts; on devient Dieu par participation; l’entendement est divin parce que pénétré de lumière divine, et l’appétit parce qu’il met sa jouissance en Dieu ?.
On peut évidemment prétendre que l’expérience du saint a ignoré ces restrictions, en accuser des interpolateurs et faire de lui un aliéné; mais rien ne justifie ces violences et on peut être assuré que si Jean de la Croix avait soupçonné les hérésies isolables de ses pages, il les aurait brûlées lui-même, S'il a déliré dans la nuit et le silence du cachot où l’affamaient les mitigés, où il trouva Dieu, et que sainte Thérèse envie, son œuvre, écrite ou revue au grand jour et pendant une période d'activité extérieure, ne nous présente ni un mystique « transformé » en Dieu, ni une extase qui ne serait Ténèbre qu'après le réveil et quand il faudrait la traduire, ni une Contemplation où la Lumière qui nous inonde et le soleil qui l’épanche seraient perçus. La plus haute contemplation de Jean, même dans son plus intime et dans ses instants les plus secrets, est Ténèbre, Foi, Amour.
Dans l’œuvre suprême du saint, le Cantique, rien ne met la Contemplation consciente et la Contemplation tout court au-dessus de la foi et de l’amour. Quand le sommet terrestre est atteint, c’est le baiser, le lit, le vin, le don du cœur; « je ne garde plus le troupeau et ma seule occupation est d'aimer »; « la Mystique est la science de
de Montée, III, I, I; Flamme, I, 6; Psaumes, XIV, 2. — 2. Flamme, I, ENTRE