‹ Études sur l'hallucinationChapitre 249 sur 366 · NE PAS PENSER, NE PAS RÊVER · texte numérisé non relu

NE PAS PENSER, NE PAS RÊVER

les visions, simples créatures, ce ne fut jamais que la présence certaine et cachée, Dieu connu, certes, mais, avant, après et pendant l’illumination de l’union, connu par la seule foi, éclairée jusqu’au cœur et merveilleusement translucide, mais sans que la certitude, la pleine expérience et la touche altèrent la grande vertu théologale et l'opposition entre une foi et une perception. « Tuez l’amour-propre, et vous saurez alors comment on voit Dieu. Remarquez-le bien, je l’entends de la manière dont il se donne à goûter dans les états d'union » À,

Dieu est déjà présent dans les corps inanimés; et les degrés, la tension, la conscience de sa présence s'élèvent de grâce en grâce jusqu’à la vision béatifique.

Pour Le contempler, pour s'unir à Lui, pour s'élever le plus près possible du face à face, il ne faut plus regarder les créatures, il faut mettre l’imagination au repos, il ne faut ni composer des tableaux ni méditer. Mais, à moins de nous stupéfier, de nous endormir, nous ne pouvons pas plus suspendre le mouvement de notre pensée que celui de la terre. Bornons-nous à nous tenir paisiblement et silencieusement en compagnie d’une pensée ou d’une image dévote : Dieu si nous le pouvons, un mystère si nous pouvons moins, une scène évangélique si nous pouvons peu. N'importe qui peut se tenir ainsi en présence de Jésus. Tous ne peuvent pas imiter le paysan devant le Saint Sacrement : « Je le vise, il me vise et nous sommes contents », ou la bergère derrière son troupeau : « Je ne peux pas dépasser Pater..…. et je pleure toute la journée en gardant mes vaches » 5. Tous ne savent pas mettre leur savoir de côté #, mais nous pouvons tous nous tenir en compagnie du Christ, notre frère, notre ami, notre tête, et rester là, nous bornant à quelques mots d'amour, sans forcer notre esprit au mouvement ou au repos.

Ne pas penser du tout, ne pas rêver, cela n’est pas en notre pouvoir. Attendons. Violenter notre âme pour la contraindre au silence ne serait pas plus fructueux que suspendre notre respiration ; loin d’en retirer jouissance ou

12. Château, V, II. — 13. Farges, L. C., I, 48, Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux, III, 66. — 14. Thérèse, Vie, XV.

Page 1