QUIÉTUDE » : DÉJA « TÉNÈBRE
une joie intellectuelle qui fait mépriser toute jouissance du créé.
C’est un subit progrès de la vertu. Tout à l’heure encore nous en étions incapables, et nous voilà soudain élevés de plusieurs degrés dans la voie de l’ascétisme, sans nous y être efforcés, presque sans l’avoir voulu. Et ce n’est pas un progrès verbal, illusoire, vain; c’est un progrès réel et dont nos œuvres témoignent : obéissance, humilité, patience, force, amour du prochain, œuvres extérieures, détachement de tout, même de l’union actuelle. Nous voici meilleurs sur tous les terrains; et cet avancement n’est pas notre œuvre. Ce ne peut être que celle de Dieu. L’inconscient psychologique et les forces organiques ne font point croître ainsi les vertus où se combinent l’action et le renoncement.
Le doute reste pourtant possible, et nos rechutes le fortifieront.
Un fort indice de divinité de la quiétude est la physionomie même de cet état et non plus ses effets. Il n’est ni méditation, ni idée fixe, ni rêverie. Ce qui est occupé là, ce n’est pas le sens, l’imagination ou la pensée, ce n’est pas l’affectivité, c’est la volonté, c’est la fine pointe de l’âme, c’est la substance de l’âme... on s’épuise à dire ce que c’est; c’est déjà la Ténèbre, l’Ineffable; et c’est ainsi distinct de toutes nos réactions vis-à-vis des créatures; et si on peut définir un état psychique par son objet, il faut nommer Dieu.
La divinité de cette union s'affirme enfin dans une certitude immédiate. Rare et fugitive ici, nous la retrouverons au sortir de l’extase, et elle sera notre grande raison de dire : c’est Dieu.
A une présence de plus en plus immédiate, de plus en plus éprouvée et de plus en plus efficace de Dieu, répond un effacement croissant des formes conscientes de la pensée. Pour qu’Il se révèle, il faut — activement ou passivement — que la nuit se fasse, nuit affective, nuit sensitive et imaginative, nuit intellectuelle, inconscience.
Il faut que l’appétit soit « mortifié », que le riche n’adhère pas à ses richesses et soit pauper spiritu, il faut