L'EXTASE : PRÉSENCE ET PERCEPTION CERTAINES
c’est Dieu ; et elle le sait immédiatement, Ce don n’a rien de commun avec les passions terrestres, et l'impression qu’il cause en diffère du tout au tout. Partout ailleurs, le doute s’insinue; ici, il n’y a point de place pour lui #. D'où cette certitude de l’union, de la présence, d’üne prodigieuse veille, pleine de lumières et de connaissances *?, puisque l’âme était morte au monde, à soi et à son objet ? Elle n’en sait rien; ne le lui demandez pas. Cette certitude est indépendante de toute image, de toute idée, de toute affection.
Elle trouve pourtant un vigoureux soutien dans les effets de l’union : Joie, Force, et surtout, et avant tout, Humilité, Obéissance, Détachement des grâces et des biens naturels et surnaturels, acceptation sans réserve des épreuves extérieures et intérieures, foi illustrée par les dons, amour de Dieu et des créatures dépouillé de la vieille affectivité, puissant apport de Prudence, de Science, d’Intelligence et de Sagesse, activité intellectuelle et physique inlassable et à grand rendement, au service de l’Eglise et de la tradition; toutes choses qui dépassent les ressources du composé humain, Création nouvelle dans l’ême endormie, Elle sort de l’union merveilleusement « émaillée ». « Dans cette sainte oisiveté et ce repos absolu, elle est merveilleusement sustentée # ». « Le Verbe est venu en moi (je suis insensé de dire ces choses) et 1l est venu plusieurs fois... Vous me demandez comment j'ai pu connaître sa présence... Il ne fait pas sentir sa venue par des signes extérieurs..., ce n’est pas à ses mouvements, ce n’est pas par mes sens que je reconnais sa présence, c’est au mouvement de mon cœur, À l’horreur du péché je reconnais la puissance de sa grâce, en découvrant et détestant mes fautes cachées, la profondeur de sa sagesse, en réformant ma vie, sa bonté, au renouvellement intérieur qui en est le fruit, sa beauté... » ®.
Mais avant la conscience de ces effets, abstraction faite de la vertu # qui suit l’Extase ou de la suavité qui peut l’accompagner, la certitude n’est pas moins pleine et moins
36. Château, V, I; VI, II. — 37. Château, VI, IV. -— 38. Pensées sur le Cantique, VI; Nuit, II, XX. — 39. Saint Bernard, in Saudreau. Etats Mystiques, 21-22. — 40. Château, V, 1.