L'HOMME NATUREL REFLEURIT
l'organisme décrit par la foi, ce serait plutôt le retour aux détails des personnes divines, au Christ médiateur et, qui sait ? peut-être à des visions, et à des paroles. Dans le Cantique et la Flamme, quand le sommet terrestre est atteint ou passé, quand l’union avec « Le Dieu sans mode » se complete, quand il révèle lui-même « la chose » # que les messagers balbutiaient #, le Mystique voit l’être aux quatre faces, la roue faite de quatre roues, les charbons brûlant comme des lampes, les roues couvertes d'yeux, les ailes battant avec le bruit des grandes eaux #, l’arbre de vie, la couronne, la pierre blanche où le nom est gravé, l’étoile, le trône, la colombe, les vêtements blancs #.
Ni transformation en Dieu, ni intuition inconsciente d’un Dieu sans mode, la Nuit n’est pas davantage l’état parfait où il faut viser. C’est du provisoire, et l’initiation ténébreuse franchie, « les oublis disparaissent » %,
Mais la raisonnable Thérèse a mis une autre vigueur que le saint poète à dénoncer les vices de l’extase, Pour y parvenir, on pousse le parti pris d’écarter toutes les formes de l’esprit jusqu’à expulser — noire trahison — le Christ lui-même 5, On dit que l’inconscience de l’extase est un évanouissement à la vue de Dieu, une présence secrète, une mystérieuse infusion de vertus parfaites, et on oublie qu’elle est d’abord une défaillance et l’état le plus indigne d’un esprit. Au-dessus de cette pâmoison dont la présence et le travail de Dieu en nous font la grandeur, s'élève le Mariage spirituel, dans sa paix et sa clarté psychologiques. Là, plus d’extases. Dans une soumission enfin réelle et parfaite à la volonté de Dieu, dans une conscience quasi permanente et pleinement efficace de sa présence, dans une union de volonté équivalente à une perception *? et à une transformation, l’homme naturel refleurit; l’intelligence, la mémoire, les sensations, l’amour des créatures se déploient dans leur perfection. Du sein de Dieu avec qui il s’est identifié comme et autant qu’il se peut ici-bas,
46. Cantique, XXXVIII. — 47. VII. — 48. Flamme, III, A — 49. Cantique, XXX VIII. — 50. Montée, III, I, I. — 51. Vie, XXII; Château, VI, VII. — 52. Au ciel, je le verrai. Mais je ne serai pas plus avec lui qu'ici-bas. Thérèse de l'Enfant Jésus.