L'ÉQUIVALENT DE LA PERCEPTION
l’homme remplit enfin saintement, c’est-à-dire très bien ses fonctions d'homme.
Sans doute, dans cette union prolongée, nous ne distinguons pas toujours entre notre substance et Dieu #; sans doute, l’âme du mariage spirituel croit parfois s'élever à une extase consciente et à la claire vue des trois personnes #. Sans doute, mais comment se fait-il qu’elle se contente du sentiment de la présence, pourquoi le rassasiement de l’extase a-t-il disparu et reparaît-il parfois, pourquoi l’âme reconnaît-elle, plus paisiblement et plus nettement que jamais, qu’elle Le verra seulement dans la patrie, pourquoi retrouve-t-elle de tendres désirs de le voir, toucher ou goûter, pourquoi retombe-t-elle parfois dans la douceur de l’union et le martyre de l’absence Ÿ ? C’est parce que le Mariage spirituel n’est ni transformation en Dieu ni perception de Dieu; il est la paix, dans la certitudo intellectus et la securitas affectus, sans les désordres paralysants de l’extase. Dieu est là, invisible, intangible et silencieux; c’est l’ami dans la nuit. Elle le connaîtra un jour autrement que par la foi et la présence pure, mais sans plus de sûreté, de plénitude et de paix. Ce n’est pas la vision de gloire, ce n’est pas une intuition, c’est infiniment plus décisif et plus immédiat que les incertaines perceptions des sens, et la petite Thérèse a failli dire « au ciel, je le verrai; je n'aurai rien de plus qu’ici-bas ».