‹ Études sur l'hallucinationChapitre 259 sur 366 · CHRONOLOGIE · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIE

Sainte Thérèse n’est jamais tentée de se laisser aller à une confusion entre les visions ou locutions et les autres unions mystiques à Dieu. Il y a un abîme entre ces deux mondes. En bas, c’est la présentation d’une créature au fidèle : phrase parlée, croix, bijou, colombe, personnage, saint, confesseur, démon, ange, Notre-Dame, Jésus. En haut, par delà Jésus lui-même, c’est l’union sans forme et sans figure avec l’incréé, la Vérité, la Déité.

Comment songer à confondre ou même à comparer ? Même si l’ignorant ne discernait pas ici une différence substantielle, il en sentirait le choc. L'Union avec l’incréé l’élève à des expériences psychologiques radicalement nouvelles et lui fait découvrir ce qu’il appelle Esprit, Intelligence, Sagesse; les visions, fussent-elles de Jésus, le laissent à la matière coutumière des sensations, des images, des idées, de l’affectivité et de la raison, En passant des sens et de la raison à l’esprit, et des visions à l’union, il change de terre, d’océan, d’atmosphère, et quand il a connu Dieu dans l’extase, il est tenté de mépriser les visions. Elles le laissent parmi les créatures et les choses de la chute, et même lorsqu'elles se glissent dans l’union, les plus sublimes ne font que matérialiser une vie spirituelle aussi parfaitement ineffable que concrète.

Inférieures à l’expérience directe de Dieu, les visions sont pourtant précieuses. Pour toucher Dieu, il nous faut être élevés au-dessus de la condition humaine et nous ne le sommes que par instants. Retombés à terre, il nous reste la mémoire d’une entrevue avec la divinité, mais ce souvenir est vide. Il n’y avait rien là-haut pour les sens, l’imagination et la raison. Nous pouvons au contraire avoir des visions tout en restant hommes; elles mettent en jeu nos facultés de tous les jours et elles sont leur plus haut exercice. Dans l’union, nous saisissons Dieu grâce à l’infusion

Page 1