‹ Études sur l'hallucinationChapitre 260 sur 366 · LE CLOÎTRE PAR RAISON · texte numérisé non relu

LE CLOÎTRE PAR RAISON

momentanée de dons supra-humains, et il ne nous en reste que le souvenir — émerveillé et sans forme d'une chose oubliée. Dans les visions, nous nous élevons aussi près de Dieu que nous le permettent nos propres facultés, nous en gardons un souvenir précis et communicable, elles entrent, magnifiques, dans la trame de notre vie, et n’en troublent pas le dessin.

Après le jour tardif de leur début, les visions vont être innombrables et s’entrelacer sans trêve avec les Unions.

Le cours et le rythme des unions nous seront donnés, mais avec bien peu de détails et de dates, leur ineffabilité interdisant ce genre de précisions. Nous serons un peu mieux renseignés sur les visions et locutions, pas beaucoup mieux : leur multitude a rapidement blasé la sainte; elle ne veut pas se fatiguer et nous fatiguer à les citer; et même quand la Trinité se montre ou parle, Thérèse juge inutile de tout nous rapporter !.

L'enfant, l’adolescente, l’écolière du couvent des Augustines ne savent rien de ces choses. L'enfant, fort pieuse, veut s’isoler dans un ermitage et tente une fugue apostolique chez les Maures. L’adolescente adore le monde, qui le lui rend bien. La couventine de quinze ans se met sérieusement au travail, prie, lit, médite, constate que la vie religieuse est, tout compte fait, la meilleure, combat les répugnances intérieures, les obstacles extérieurs et les attraits d’un monde indulgent, en triomphe péniblement, et se jette au Carmel.

La prise d'habit, la profession ont lieu : rien de mystique n'apparaît, car on ne peut appeler ainsi la joie d’être à Dieu, une dévotion ailée, les premières larmes à la pensée du calvaire, Elle s’occupe de la passion, pense aux mystères « sans songer le moins du monde à rien de surnaturel », s'applique à la considération des œuvres de Dieu, des vérités, de la fugacité du créé, consacre à ces réflexions certains moments de la journée, et ne pense pas à désirer quelque chose de plus?, Elle a vingt ans.

Vient la grande maladie de 1535-1540. Au plus grave, en avril 1536, elle sera comme morte pendant plusieurs jours, puis, peu à peu, elle guérira (ses paralysies les der-

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