LA SENSATION EST UNE IMAGE
produit nos sensations, qui se produisent en nous malgré nous 2. — Spinoza ne détourne jamais «sensation » de son sens usuel, et ne se le permet que très peu avec «sentir », lorsque nous sentons, par exemple, que notre âme est éternelle.
Le terme de «sensation » lui était donc familier. Or, il ne figure pas dans l’Ethique. N’y serait-il pas remplacé par « Image », celle-ci englobant le contenu des deux mots?
Déjà, la définition de l’image ne dit pas si elle est autre que la sensation. Les images sont les affections du corps dont l’idée nous montre les choses comme présentes. Voilà qui convient parfaitement à la sensation, et Spinoza ne se préoccupe presque jamais de séparer ces deux faits 2.
Tout au long de la III° partie, les passions se déchaînent quand « nous imaginons » les choses. Est-il vraisemblable que Spinoza n'ait vu les passions humaines que liées à des souvenirs ? — Quand les mots nous rappellent les choses, «nous formons des idées semblables à celles par lesquelles nous imaginons les choses » #. Quand « pomme » nous rappelle le fruit, une idée s’éveille, semblable à celle qu’en provoquent la vue et le contact. C’est cette toute dernière idée qui est « l’imagination »; et la connaissance du premier genre, opinion ou imagination, se fait par des signes ou par la présentation des objets aux sens #. — Quand on voit un objet, on imagine sa distance. Devant le soleil, on n’imagine pas 400 millions de kilomètres, mais les deux cents pas que voient nos yeux 26. Quand le soleil se réfléchit sur l’eau, on l’imagine dans l’eau. Et tout cela s'appuie sur une proposition visant la perception sensible ?7.
«Tant que le corps humain est affecté d’une manière qui enveloppe la nature du corps extérieur », l’âme considère ce corps comme présent, c’est-à-dire l” « imagine ». l’image d’une chose passée ou future est la même que l’image d’une chose présente 8. « L'âme imagine quand le corps est disposé par les vestiges du corps extérieur comme il l’a été par ce corps extérieur ; mais, par hypothèse, le corps, dans une certaine rencontre, à été disposé de façon que l’âme imaginât..…. ». Que le corps extérieur agisse ou que les traces « vigent » spontanément, l’âme imagine. — « L’imagination est constituée par certaines sensations fortuites qui naissent de causes extérieures, quand le corps reçoit tels ou tels mouvements » 2, Que ces mouvements soient ou non provoqués par le corps extérieur, qu’il soit présent ou absent, peu importe; dans les deux cas, l’âme imagine.
Spinoza tire enfin « Imaginer » dans une direction qui nous intéresse moins. Nous imaginons et nous croyons percevoir, outre les corps, des êtres fictifs. C’est le cas lorsque l’imagination nous fait concevoir les choses « abstracte vel superficialiter ». L’abstraction est de l'imagination, et de la pire. Elle nous
22 PT TEEN NC NT IIAIIT 06 SR I 240 SC 9 Did = 260E,, IT, 35, Sc. —97. E,, 11, 16: — 98..E., III, 19 18. — 29, F.,.IT, 18: R. E., 45.