LA MALADIE. L'INFIDÉLITÉ
nières), gardant pour toujours toutes sortes de misères. C’est pendant la première année, chez sa pieuse sœur, après la lecture du « troisième abécédaire » de François de Osuna, qu’apparaît la première récompense de sa piété, de sa ferveur et de sa patience : de brefs moments de « quiétude », «a d'union »., Un sentiment très vif de la présence de Dieu s’'éveille, le monde extérieur s'efface presque, les sens suspendent à demi leur travail, l'imagination cesse de jacasser, l’entendement s'étonne, l’amour de Dieu s’exalte, une jouissance inconnue s’épanouit, quelque chose d’indicible passe. Cela dure quelques instants, et la vie ordinaire recommence, enrichie de vertus plus fermes et d’un plus solide mépris des choses de ce monde et des sens ?.
Il n’y a pas encore de visions. Les Bollandistes veulent qu’il y en ait eu au moins une, fort vaste. Pendant la syncope de 1536, elle aurait vu le ciel et l’enfer, sa vie, sa mort, celle de son père, son ordre“. Elle n’a pas un mot là-dessus et ne parle que de parfaite inconscience : « Je restai sans connaissance près de quatre jours... le Seigneur permit que je revinsse à moi ». La déjà très sainte fille, assez sainte pour ramener un prêtre d’une maîtresse à Dieu, voit lentement traîner la maladie, et les années passer, dans les exercices d’une piété exacte, parfois tendue et toujours patiente, mais sans visions, et sans qu’il soit nettement question du retour des premières faveurs mystiques.
Elle guérit enfin, et voilà qu’elle abandonne le plus haut de ses pieux travaux : l’oraison — ce tendre et lent colloque avec Dieu —. « J’y renonçai un an et demi ou plus » ÿ.
Ainsi commence, pour de longues années, dix-huit ans peut-être, le vain effort pour concilier la perfection religieuse avec des plaisirs mondains, les causeurs, par exemple, qu’attire cette femme charmante. Il ÿ a bien des délices mystiques dans cette longue infidélité, mais Thérèse ne les précise pas. Une vision, la première, isolée et stérile, en accidente le début, et une locution, décisive, inaugurale, y met fin pour jamais,
Sœur Thérèse ne fait plus oraison et reçoit des amis. L'un d'eux est au parloir. « Dieu jeta une lumière dans mes ténèbres. N.-S. m’apparut, le visage sévère et triste,