ORAISON. SUAVITÉS
ragée de temps en temps par de délicieuses unions, espacées, sans rien voir ni entendre.
Vient 1555 : quarante ans. Un jour, entrant dans son oratoire, elle se trouve en présence d’un ecce homo qu’on a rangé là en prévision d’une fête. Choc subit, bouleversement, effusion aux pieds du Seigneur, prière à sainte Madeleine : « Mes larmes ne sont pas à dédaigner. Je ne me lèverai pas que je ne sois exaucée ». Bientôt après, à la lecture d’une page de saint Augustin, « quand il entend la voix dans le jardin », la grande émotion renaît ; c’est comme si elle entendait cette voix.
Après ces jours, les progrès sont rapides, les unions plus fréquentes et plus hautes; mais la perfection est loin. La terrible tentation : abandonner l’oraison, reparaît quelquefois, difficile à repousser; la rupture avec le monde n’est pas faite, les amis sont reçus avec plaisir. Ils ne le sont pas toujours. Il y a de ferventes périodes, et Dieu inonde alors sa fille de telles suavités que sœur Thérèse, ses compagnes et ses directeurs ne peuvent plus ignorer qu’ils sont devant des choses surnaturelles. En toute occasion, en tout lieu, dans l’oraison surtout, l’extraordinaire éclate.
Le corps s’effondre ou se fige, les sens, l’imagination et l’entendement sont presque ou tout à fait suspendus, l’amour spirituel sans objet figuré coule comme un fleuve, des délices inouïes, qui détachent pour jamais des plaisirs sensibles connus ou rêvés, s’épanchent et font parfois jouir le corps à sa manière. Dieu est alors en elle et la travaille; et quand le feu, quand l’ouragan la laissera, l’extatique sera rendue à la terre, se trouvera « émaillée de vertus », élevée sur un nouveau sommet de la perfection,
Epouvantée et ravie, elle recourt à ses amis. Qu'ils lui disent si c’est bien Dieu. Ils s’effarent, s’efforcent, et demandent des précisions. Elle lit l’Ascension de la montagne, de Bernardin de Laredo, et tâche de se raconter. Gaspard Daza et François de Salcedo jugent : c’est le démon ; et de Salcedo ne sera jamais tout à fait rassuré.
: Le jésuite Jean de Padranos est enfin appelé. Il comprend, approuve et réconforte, et deux mois après, François de Borgia, un saint, affirme que l'esprit de Dieu est en Thérèse. Qu'elle résiste — pas plus qu’il ne convient —