LES PREMIÈRES LOCUTIONS
aux extases, qu’elle évite comme le feu de les chercher, qu’elle appuie plus franchement que jusqu'ici sur la morti. fication, qu’elle commence son oraison par une scène de la Passion et, ajoutent les biographes, qu’elle fasse les Exercices.
Quelques mois passent. Les grâces se multiplient, mais la perfection est loin, la mortification pénible, les amitiés mondaines tenaces. Jean de Padranos n’est plus là, mais une amie découvre le jeune et déjà saint jésuite Balthazar Alvarez. Doux et prudent, il la prépare à la rupture des derniers liens. Qu'elle recommande l’affaire à Dieu, sans oublier l’appel du Vent Creator. Elle le fait et, « un jour », après une oraison « considérable », elle commence l’hymne,
C’est à cet instant que surviennent le premier grand ravissement et la première parole. Avant qu’elle perde toute conscience en Dieu, ou au sortir de l’aveuglante lumière de l’extase, nous ne savons, N.-$. lui a parlé. Un abîme est franchi; des mots que l’âme inspirée mettait imaginairement dans la bouche de N.-S., des dialogues qu’elle se plaisait à rêver, elle passe d’un bond dans un monde nouveau : en silence, elle écoute le Christ. « Je ne veux plus que tu converses avec les hommes, mais avec les anges » ?.
Aussitôt, la servante est transformée, les derniers liens avec le monde se rompent pour jamais.
Comme la vision de 1541, la parole de 1558 a été adressée au plus intime de l’âme. Les oreilles du corps n’en ont rien su; elles ne sauront jamais rien des mots et des discours de N.-S. Les locutions comme les visions seront toujours imaginaires, jamais sensorielles. Nous y reviendrons.
« Je ne veux plus... » était-elle la première locution ? Non, mais la première (?) est encore moins datée. Cinq chapitres avant la mention de l’ordre de rompre, elle révèle que N.-$. lui a dit : « Sers-moti et ne t’occupe pas d'autre chose » $#. Ce jour-là, elle méditait le J'ustus es Domine, et se demandait : pourquoi tant de faveurs à moi, pécheresse, et rien à tant de saintes filles ? C’est alors qu’il a parlé.