XXVIII, — 14. Vie, XXIX
256 LA TRANSVERBÉRATION
raît à gauche, le visage enflammé, et tient une lance d’or à pointe de fer terminée par du feu. Il la lui plonge dans les entrailles à travers le cœur F.
Rien de corporel là-dedans, tout est spirituel, bien que le corps « y participe beaucoup »; et, plusieurs fois, la flèche d’or, imaginaire mais non métaphorique, revient figurer l’infusion d'amour et de vertus, apport essentiel aux extases où Dieu est senti absent. Elle rencontre saint Pierre d’Alcantara et, pour la première fois, est comprise d’expérience, Il apaise la persécution des gens de bien, et de Salcedo reste seul à douter.
Elle n’est pas sauvée. Elle ne va pas paisiblement ou frénétiquement voler vers le sommet de la perfection, à travers les unions où Dieu se fait presque percevoir, les précieuses et chères extases de douleur, les visions et locutions intellectuelles et imaginatives où parle et se montre la très sainte humanité. Un mal déjà ressenti éclate dans toute sa force : les sécheresses, les psychasthénies où s'éteignent extases, visions, paroles, douleurs d'amour et de désir, émotion, tendresse, piété, souvenir même des grâces et de Dieu, dans une affreuse grisaille de fatigue, d’indifférence, de doute et de morne mentisme. L'enfer s’en mêle. Le démon apparaît, sa bouche est épouvantable 1, sa voix est terrible. Un affreux petit nègre grince des dents, des multitudes de démons se pressent, elle en voit se disputer un mort dans la fosse où on le descend ; elle en verra, encadrer de leurs cornes le cou d’un prêtre indigne, pendant qu’il lui présente l’hostie, où apparaît Jésus 17,
Elle expérimente enfin l’enfer; son âme l’éprouve, au fond d’un cul-de-sac fangeux, comprimée dans une niche, dans une atmosphère et une cœnesthésie de flammes ténébreuses.
Mais les sécheresses, les psychasthénies, les visions infernales, les tentations, les épreuves extérieures, loin d’empêcher les visions et les extases de joie ou de douleur, y trouvent leur incessant et constant remède.
La plus cruelle psychasthénie se mue en héroïsme rieur lorsque parle celui qui apaise les tempêtes : c’est moi, je suis là, ne crains rien.