FONDER. PREMIERS EFFORTS
Des mois passent ainsi. Quelque chose de la gloire des âmes élues lui est montré, et le 16 juillet 1560, une nouvelle phase commence.
Que faire pour Dieu qui la comble ? Que faire surtout dans ce couvent de l’Incarnation, dans ce Carmel où les facilités de la règle mitigée menacent et interdisent la perfection ?
Marie de Ocampo apporte un jour une proposition sensationnelle : fonder un monastère, quitter l’Incarnation, trouver une règle plus pure. On s’échauffe mais on hésite. On convient de recommander la chose à Dieu et, « un jour, après la communion, N.-S. me donna l’ordre exprès de travailler de toutes mes forces à cette affaire, me disant, avec de grandes promesses, que le monastère s’établirait et qu’il lui procurerait beaucoup de gloire, Il devait être dédié à saint Joseph. Ce saint nous garderait à une porte, N.-D. à l’autre, et lui-même se tiendrait au milieu de nous. Ce monastère serait une étoile qui répandrait un vif éclat. Si relâchés que fussent les ordres religieux, je ne devais pas croire que Dieu en tirât peu de services. Que deviendrait le monde sans les religieux ? Enfin, il voulait que je fisse connaître à mon confesseur ce qui m'était enjoint, en lui disant qu’il le priait-de ne pas sy opposer et de ne point m'empêcher d’en venir à l’exécution » !$
C’est un ordre formel. Elle hésite pourtant. Il revient plusieurs fois à la charge et il faut obéir. Le confesseur, le provincial approuvent, et... tout Avila crie à l’extravagance. « l'u verras par là ce que souffrent les fondateurs. Tu subiras des persécutions plus nombreuses que tu ne peux l’imaginer. Ne te mets pas en peine » #.
La voilà raffermie. Mais confesseur et provincial se sont ressaisis de leur côté et l’invitent à se tenir tranquille. Alvarez lui écrit même assez lourdement sur le scandale qu’elle a causé par ses rêveries insensées. Dieu lui accorde la force d’obéir sans réserve, avec contentement et satisfaction. Mais la vieille angoisse se rallume. Toute son oraison n'est-elle donc que chimère, enfer, imagination,