LA PERCEPTION LIÉE A L'OBJET
l’entendement étaient des êtres réels, l’idée ne pourrait causer la volition; un mode d’une substance ne pouvant passer dans une autre, l’idée ne serait pas dans la volonté, et celle-ci, incurablement étrangère aux idées, aveugle, sourde et vide, ne pourrait rien vouloir. — Autre thème paralléliste : quand le vin dissipe la tristesse, il n’y a là nul effet du vin sur l’âmef, et ce ne sont pas les corps, mais nos idées, qui causent nos états affectifs. Un désir n’est pas un effet de l’action d’une chose sur notre âme, il naît d’un Jugement de valeur ?.
Si les attributs de la substance n’interagissent pas plus que des substances, où est la cause de la perception ? Ce fruit de la pensée ne peut avoir sa cause que dans la pensée 8, Mais la pensée, livrée à elle-même, sera aveugle, sourde et vide, les Principes l’affirment. Que faut-il pour qu’elle s’exerce ? La réponse est au centre même du parallélisme. Dieu, tout constitué qu’il est par une infinité d’attributs, est simple et un, et les deux attributs que nous en atteignons ne sont, comme les autres, que des expressions de la même chose. La pensée se déploiera donc en une infinité d'idées correspondant à une infinité d’objets ?, et les perceptions seront les répliques, les symétriques et non les effets des choses perçues. Les choses perçues ne font pas les perceptions, mais s’il y a des perceptions, il y a des choses perçues, et vouloir s’en passer est absurde et délirant 1,
Dès lors : tel corps, telle âme, tel phénomène corporel, telle perception !, et, non causée par l’objet, la perception lur reste rivée.
Mais l’équilibre paralléliste est difficile et il est aisé d’y manquer. Spinoza précise bien qu’une pierre ne peut être mue par une pensée et qu'aucune pensée ne peut produire mouvement ou repos dans le corps ©, maïs il accorde à Descartes que l’âme peut orienter nos esprits, ces vulgaires
6. C. T., II, XX, 1, note 2 — 7. II, XVI, 2 Nous voici loin du célèbre : nous ne désirons pas une chose parce que nous la jugeons bonne; nous la jugeons bonne parce que nous la désirons. — 8. II, XIX, 10. — 9. C. Au II, XX, 4. — 10. R. E., 38. — 11. C. T., II, préface, note, XI, XII, XIII ; ch. XX, notes à 4. — 12. II, XIX, 8.