L'OUÏE ET LES YEUX DE L’ÂME
« comme dans le tableau de la comtesse », de N.-S., de l’humanité de N.-S., de N.-S. dans ses bras; quand elle « entend » une locution intellectuelle. sans images et sans mots, ou du moins sans paroles 5, c’est une longue phrase dont elle attribue tout à Dieu, forme et matière, Il faudra se demander si ces visions et locutions de sainte Thérèse sont intellectuelles. Au moins, sont-elles des visions.
Les visions et locutions ne sont ni des sensations ni des images ordinaires. Assez vigoureusement séparées de nos pensées et images coutumières pour que nous soyons contraints de dire : Je vois N.-$., j'entends ceci de sa bouche; elles ne sont pas moins violemment distinctes des sensalions courantes. Dès la première vision, la vision isolée et sans effets de 1540, Thérèse précise la question :
N.-S. se fit voir à moi, le visage sévère, pour me reprocher ma conduite;
Après vingt-six ans, il me semble encore l’avoir devant les yeux ;
Le trouble me saisit, je ne voulais plus recevoir le visiteur que me reprochaïit le Christ;
Je le vis des yeux de l’âme, beaucoup plus clairement que je n’aurais pu le voir des yeux du corps;
I1 me fut extrêmement préjudiciable d'ignorer que l’on peut voir quelque chose autrement que des yeux du corps.
Après la locution décisive de 1558 : « Je ne veux plus que tu converses avec les hommes », sainte Thérèse ouvre ainsi le chapitre sur la nature des Jocutions
« Je crois utile d'exposer la nature des paroles que Dieu adresse à l’âme et l’impression que ces paroles font sur elle. Vous en aurez ainsi une idée nette... Ces paroles sont parfaitement distinctes, mais on ne les entend pas des oreilles du corps. On les perçoit cependant beaucoup plus clairement que si on les entendait; et on a beau résister, il est impossible de ne pas les percevoir. Malgré nous, nous sommes forcés d'écouter, et notre esprit est attentif... J’ai de ceci une longue expérience » 6.
Bientôt, N.-S. se montre. C’est la vision intellectuelle