LES VISIONS « IMAGINATIVES » SONT SENSORIELLES
D’après mon expérience personnelle, je crois à leur existence. Dans l’état hypnagogique ou sous l’influence d’un toxique, j'ai quelquefois des locutions, et très souvent des visions qui, très nettement, ne sont pas sensorielles, et diffèrent non moins vigoureusement de mes images voulues les plus complètes. Il y a là trois reproductions violemment différentes du même objet : l’image, l’hallucination psychique et l’hallucination sensorielle. On pourra appeler cela une différence de degré, mais à condition de la faire subite, abrupte et considérable; je préfère « différence spécifique », « de nature », ou « de substance », j'aimerais assez « changement d'état » %.
La division des locutions où visions en sensorielles et imaginatives est done soutenable, Est-ce la division thérésienne ? Ce n’est pas sûr, et on pourrait prétendre qu’on n’a pas compris la pensée de la sainte. Elle nous parle bien de visions corporelles ou sensorielles, de visions imaginatives et de visions intellectuelles ou sans images; mais elle ne donnerait pas à ces qualificatifs le même sens que nous : ses visions imaginatives seraient nos visions sensorielles, et ses visions intellectuelles nos visions imaginatives. Elle appellerait corporelles ou sensorielles les visions qui exigent l’intervention du globe oculaire, du tympan ou de la peau... et d’un objet, peut-être métapsychique; elle appellerait imaginaires ces visions que nous appelons précisément sensorielles, et qu’on peut avoir les yeux fermés, les oreilles bouchées, en rêve, et qu'ont fort bien les aveugles et les sourds.
Quand elle nous décrira son troisième type, les visions intellectuelles, spirituelles, sans images, on en verra beaucoup qui ressembleront singulièrement à des visions imaginatives. Déplaceront-elles celles-ci, et celles-ci, qui « frappent les regards », vont-elles devenir sensorielles ? Ce dernier groupe thérésien, à peu près inexistant semblait-il, va-t-il devenir un bloc énorme, bouleversant la physionomie psychiatrique de la sainte ? Ces fausses perceptions, sensorielles, elle les appellerait imaginatives comme saint Augustin appelle ainsi un rêve, et parce que,
32. Etudes sur les hallucinations, II. Les hallucinations psychiques.
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