LA DESCRIPTION DE JEAN DE LA CROIX
les yeux fermés, les oreilles bouchées, dans la nuit, le sommeil, la cécité et la surdité, on les voit toujours, on les entend encore. Peut-être aussi exige-t-elle de sa vision corporelle la présence d’un objet, d’un être métapsychique objectivement et formellement présent. Qui sait si elle ne voudrait pas que les tiers vissent, sinon l’objet, du moins son image, sur les prunelles de leurs extatiques ? Tardivement, elle verra simultanément cesser ou se raréfier les ravissements et les visions qu'elle appelle imaginatives, pendant que persisteront celles qu’elle nomme intellectuelles. Cela signiferait que débarrassée des extases, des états de transe, de rêve, oniriques, hypnagogiques, pseudotoxiques, elle ne s’abaisse plus au niveau de nos visions sensorielles, et ne tombe pas au-dessous du plan de nos hallucinations psychiques.
Cette thèse : « les visions que sainte Thérèse appelle imaginatives sont de vulgaires visions sensorielles, sainte Thérèse nie avoir eu des visions sensorielles et elle en a eu des centaines, sainte Thérèse se rapproche étroitement des hallucinés ordinaires », cette thèse trouve un appui inattendu chez Jean de la Croix, pur mystique, et ennemi de tout ce qui est vision. Dans La Montée, il est dit qu’on voit par les sens, par l’imagination, et par l'esprit. Par les sens, on voit des saints, on voit des anges, on voit le Christ, on entend des paroles, avec ou sans apparitions. Par l’imagination, on a d’autres perceptions surnaturelles qu’on appelle imaginaires. Tout ce que nous apportent les cinq sens corporels par voie naturelle peut aussi nous parvenir par voie surnaturelle sans leur intermédiaire. Nous recevons ainsi les mêmes images et espèces que nous apportaient les sens. Les visions que nous avons ainsi ne sont pas différentes de celles que produisent les sens externes *. De même que les sens externes apportent les espèces de leurs objets au sens interne, de même, surnaturellement, sans l'intermédiaire des sens externes, Dieu et le démon peuvent lui apporter des espèces identiques. En somme les visions sensorielles exigent la participation du globe