Montée, II, XIV
290 L'HALLUCINATION FHÉRÉSIENNE
oculaire et de l'oreille: les visions imaginatives sont les mêmes visions, mais infusées surnaturellement, venues d’en haut et non d'en bas, captées sans l'intermédiaire des organes des sens périphériques. Sensorielles ou imaginatives, les voies d’accès sont différentes, les visions sont les mêmes.
Elève et confesseur de Thérèse, Jean de la Croix devait bien connaître les idées de l’illustre sainte, et sa description est encourageante pour qui veut tirer Thérèse du côté des hallucinés vulgaires. Des difficultés subsistent pourtant. Ses visions imaginatives s’allument, que les yeux soient ouverts ou fermés #, et Gratien apparaît dans le bocage bien que Thérèse ouvre les yeux pour se distraire; mais elle ne dit nulle part que la caractéristique des visions qui se font par les yeux ou par les oreilles soit d'exiger l’exercice de l’œil ouvert et de l’oreille tendue. Nulle part elle ne prête à ses visions sensorielles un objet plus ou moins métapsychique. Ses visions imaginatives enfin, les plus matérielles, les plus colorées, les plus extériorisées, les plus lointaines, ont lieu « au plus intime de l’âme », et les paroles qu’elle « entend » « de la bouche » des apparitions sont intérieures,
Immédiates, efficaces et inépuisables comme des sensations, mais indépendantes du dehors et maîtresses de l’espace comme des images, les visions « imaginatives » de Thérèse, pour voisines qu’elles soient de nos visions sensorielles, méritent pourtant une place à part et ne sont ni des hallucinations vuigaires, indiscernables des sensations, ni des hallucinations psychiques. Ce sont les hallucinations thérésiennes.