‹ Études sur l'hallucinationChapitre 303 sur 366 · VISION INTELLECTUELLE : &« JE VOIS · texte numérisé non relu

VISION INTELLECTUELLE : &« JE VOIS

parlent, la touchent, et tout cela n’est accessible ni pour les sens corporels, ni pour les sens « intérieurs »; plus sûres, plus claires, plus concrètes et plus chargées de matière que jamais, ces visions sont « sans images ».

Sous cette forme, c’est J.-C. qui est apparu le premier. Les bons livres en espagnol viennent d’être interdits, et N.-S. l’a consolée : « Je te donnerai un livre vivant », Les grâces pleuvent et, le 29 juin 1558, pendant qu'elle Le supplie de la conduire « par une autre voie », Il apparaît : vision ignorée des yeux et de l’imagination, mais plus immédiate, plus concrète et plus décisive qu’une sensation. Thérèse ne savait rien d’un pareil phénomène. In larmes, elle recourt à Balthazar Alvarez qui, aussitôt : Comment est son visage ? — Je ne l’ai point vu. -— Que dites-vous 1à ? — Je ne sais, mais c’est Lui; j'en ai la vue, le sentiment très distincts. Je sais bien que je ne peux pas me faire comprendre; les comparaisons ne valent rien, il faut l'expérience. On dit : pour comprendre ces visions, représentez-vous deux amis dans les ténèbres, silencieux. Misérable comparaison, car la vision intellectuelle est plus éblouissante que le soleil.

Toujours, même dans les hébétements, les sécheresses et les tortures des sentiments d'absence, nous savons que Dieu est là. Souvent, la pensée de sa présence nous touche l; par de grands sentiments de foi, d'amour, de tendresse, d’héroïsme, par de grands effets, N.-S. nous fait sentir qu'il est là. Il est tout près, nous allons le voir, au premier signe nous l’entendrons ?. Nous avons le sentiment très vit de sa présence; mais il ne nous en laisse pas jouir. Aïlleurs, dans les grands états d’oraison, c’est Dieu, c’est la déité elle-même que nous percevons, sentons, éprouvons ou inférons. Ici, nous voyons J.-C, fils de la Vierge, présent, Sans rien voir, nous le percevons par une connaissance qui dépasse la certitude sensorielle et s’affecte moins qu’elle du doute. Pendant que, sans rien voir, l’âme perçoit, elle ignore comment elle peut dire « je vois », elle ne peut dire autre chose. Après, elle est incapable de recons-

1. Château, II, I. — 2. Chemin, XXXIII. — 3. Vie, X. — 4. Vie, XXV. Château, VI, VIII.

Page 1