LE RETOUR AU PARALLÉLISME
n’agit pas sur nous en tant que matière; elle agit en tant qu’objet, et si l’on veut toujours dire « cause », il faut relever qu’un corps au repos #, inactif, est cause de perception autant qu’un corps en mouvement. Il ne faut pas dire que le corps est cause efficiente de nos perceptions #, il agit, si l’on peut dire agir, en tant qu’objet différent de l’âme; et toute substance ou attribut autre que le corps produirait les mêmes passions que lui®. Lorsque l’âme sera mise en présence d’un autre attribut que le corps, elle le percevra comme elle percevait le corps %. Encore une fois, ce n’est pas comme corps que le corps est « cause » de la perception, c’est en tant qu’objet, et Spinoza est paralléliste au moment même où il déclare aisée à comprendre l’action réciproque de la pensée et de la matière : Il n’y a pas de difficulté à ce qu’un mode différent d’un autre agisse sur l’autre 7, Mais il ajoute aussitôt que cette action est bien spéciale : Le corps et l’âme interagissent en ce sens qu'ils ne sont qu’un seul et même être sous deux points de vue différents. Offrant enfin de prouver la thèse de l’interaction telle qu’il la conçoit, il insère ici, dans le manuscrit À et dans des propositions d'authenticité probable, une profession de foi d’un parallélisme éthicien : entre l’idée et son objet, il y a nécessairement union, car il n’y a aucune chose dont l’idée ne soit dans la pensée, et aucune idée ne peut être sans que la chose soit aussi; de plus, l’objet ne peut éprouver de changement sans que l’idée n’en éprouve un et vice versa #.
Dans l’instinctif langage des préjugés, les objets sont les causes des perceptions. Dans le langage paralléliste, si à un objet ne répondait pas une idée, si toute idée n'avait pas son idéat, c'en serait fait de l’être simple qui s’exprime par des attributs infiniment différents. C’est seulement en tant qu’expressions diverses trouvant dans le Dieu total leur unité que les perceptions et les choses perçues peuvent être dites causes les ‘unes des autres.
La perception est du psychique pur et spontané; elle
93. C. T., II, XIX, 15. — 2%. Chez le paralléliste Leibniz, le corps sera cause « objective » de la perception. — 25. C. T., II, XIX, 17. — 26. Ibid. — 97. II, XX, 4, note. — 98. Ibid., 10.