‹ Études sur l'hallucinationChapitre 313 sur 366 · LES INTRANSIGEANTS · texte numérisé non relu

LES INTRANSIGEANTS

rien; pour tout savoir, regardons Jésus{. La foi résout toutes les difficultés. Chercher des connaissances par voie surnaturelle est encore plus fou qu’aimer les choses sensibles. « Je dois le déclarer avec toute la force dont je suis capable; rien au monde n’est plus périlleux »5. Visions imaginatives et autres sentiments savoureux ne sont que suggestions du démon ou de la fantaisie 5. — Jean de la Croix se garde bien de nier les visions divines. Aux débutants, elles peuvent être bonnes; nourrissons du surnaturel, nous ne pouvons encore l’absorber que par « bucellas ». Mais il faudra un jour quitter le sein maternel et aller tout seul, dans la foi nue, dans la nudité spirituelle, vers le Dieu sans mode. S’attacher aux visions, c’est en rester à des créatures; c’est, par gourmandise spirituelle, s'éloigner de Dieu, sans parler de l’inextricable labyrinthe d’erreurs où nous entraînent le démon et la nature.

Les sévérités de Diadoque de Photicée et de Jean de la Croix sont de tous les temps, et les commentateurs peuvent multiplier ici les citations. Saudreau emprunte un texte du XIII° : vaticinis usque ad fastidiusn repleti sumus, quibus etiam viri graves et devoti plus quam oportuit creduli extiterunt?7. Poulain trouve dans le Traité de la canonisation, de Benoît XIV : je pourrais nommer plusieurs femmes que le Saint-Siège a mises au nombre des saints; leurs révélations sont semées d’hallucinations $. Poulain encore cite un cardinal du XVII° énumérant vingt condamnations de simulatrices. Poulain toujours détaille de nombreux cas de visions et révélations fort honorées et non moins hallucinatoires, quand ce ne sont pas de simples mensonges; et il insiste à ce propos sur la prétendue ignorance livresque et l’apparente spontanéité des extatiques. On a récemment exhumé l'affaire de la Société Infernale d'Agen, et l’on voit l’évêque rendre une ordonnance qui est un modèle de scepticisme psychiatrique, en 1846°. « Caute » fut de tous temps la devise

4. Montée, II, XX. — 5. Ibid. — 6. Nuit, II, II. — 7. Etats mystiques,

209. — 8. Les Grâces d'Oraison, 347. — 9. M. Garçon, Mercure de France, 15 juillet 1998.

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