‹ Études sur l'hallucinationChapitre 320 sur 366 · L'ORAISON PATHOGÈNE · texte numérisé non relu

L'ORAISON PATHOGÈNE

abandonne à une force qui est toujours l'intelligence mais qui n’est plus la raison raisonnante, on y conçoit et on réalise des audaces ascétiques qui font peur aux timides, on y devient saintement insensé, on y subit des violences qui laissent le corps brisé et l’esprit égaré pendant des heures et des jours, on est souvent obligé de s’en priver et de s’en distraire. La contemplation fréquente use les forces plus que la mortification $. C’est un bien que la misère de notre nature nous contraint de craindre un peu”, un bien que notre faiblesse ne supporte qu'avec mesure !,

Non sans dangers chez les plus équilibrés, l’oraison sera terrible chez les malades, d'imagination débile ou mélancoliques, et chez les normaux épuisés de pénitences !H, Les rêveries de l’oraison mal menée y provoquent un effet dont Thérèse a d’abord douté 2 : ils croient voir ou entendre tout ce qu’ils pensent 5. Ce sont de ces personnes qui se laissent fixer par un objet; il les absorbe, concentre sur lui toutes leurs facultés; elles ne pensent plus à autre chose et perdent le contact avec le monde extérieur !. Le mouvement de la pensée s'arrête 5. Ou bien elles entrent dans une sorte d’hébétude, de sommeil plein de rêves ; ou bien elles croient entendre Dieu répondre à leurs demandes et leur dire ce qu’elles souhaitent 16 : l’hallucination phénomène de détente ou couronnement de l’idée BTE

Dans ces états et chez ces faibles, l'illusion se déploie : ils croient entendre et voir, ils jurent #8 qu’ils ont vu J.-C. et entendu une révélation, alors que leur imagination a seule travaillé. Ils se sentent héroïques, prêts aux grandes entreprises de la Sainteté, alors qu’ils sont réduits à des velléités ou à des mots . Thérèse rapporte même une autoobservation de cette « suavité » illusoire, imputable à l’état extatique. C’est à propos de cette extase où le chant d’une belle voix, très humaine et très réelle, aurait, s’il n’eût cessé, causé la mort par excès de suavité?. L’oraison

8. Pensées sur le Cantique, VII. — 9. Vie, XL. — 10. Fondations, VI. — 11. Fondations, VI. — 12. Vie, XXV. — 13. IX. — 14. Fondations, VI; Chàteau, VI, III. — 15. Château, IV, III — 16. Château, VI, III, IX. — 17. Aphorisme psychiatrique. — 18. Château, VI, III. — 19. Vie, VIII — 20. Pensées sur le Cantique, VII.

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