L'OBJET NE CAUSE PAS LA PERCEPTION
pas conçu par soi et ne peut être substance, c’est par exemple le mouvement, qui présuppose au moins l’étendue. L’étendue au contraire est conçue par soi, et elle va être un des attributs de la substance, en compagnie de la pensée et d’une infinité
d’autres, chacun conçu par soi.
Un peu plus loin : on connaît un effet quand on connaît sa cause, ou — axiome — la connaissance de l'effet «enveloppe »
la connaïssance de la cause.
Soient alors deux choses, mais qui n’aient rien de commun. On ne peut les connaître l’une par l’autre, autrement dit, la connaissance de l’une n’enveloppe pas la connaissance de l’autre, ou, finalement, l’une ne peut être cause de l’autre.
Appliquons cela aux attributs. Deux attributs se conçoivent chacun par soi; ils n’ont donc rien de commun, ils ne peuvent se connaître l’un par l’autre, ils ne peuvent être cause l’un de l’autre. — Naturellement, tous les attributs en sont là, l’étendue et la pensée comme les autres. Dans chacun, les phénomènes, « les choses », « les modes » naïssent tous et tout entiers de l’attribut dont ils sont les modes et jamais des attributs voisins.
Toutes les pensées, sensations, sentiments, émotions, volitions viennent à l’infini d’autres pensées, et jamais des choses ou des corps. Il n’y a rien d’absurde à remonter à l'infini la chaîne des perceptions, l’absurde serait d’introduire des choses perçues en un point quelconque de la série des perceptions ®. « Ni le corps ne peut déterminer l’âme à penser, ni l’âme le corps au mouvement ou à quelqu’autre manière d’être que ce soit », fût-ce « la direction » de Descartes et du Court Traité. Nous croyons que la volonté meut le corps. Mais l’ivrogne, le délirant, le bavard, l’enfant, le rêveur croient aussi se mouvoir à volonté, quand ils ne sont que les spectateurs des mouvements automatiques de leur machine. Le rêveur, le somnambule, l’animal cartésien nous crient que l’organisme, tout seul, sans âme, à de quoi composer l’Iliade, et l'expérience montre qu'on ne peut parler de l’action de l’âme sur le corps, Quand je veux lever mon bras, il se lève, et mon mouvement est volontaire. Il serait fou de croire que ma volition l’a causé #, Ainsi des perceptions,
39. E., 1, du début à 10; E., II, 9; à Mayer, 15. « Raisonnements qui nous font violence sans nous éclairer ». Leibniz à Sophie: Gerhardt, IV, 292. — 40. E:, IT, 2 — 41. :E., III! 2, SC. 49! Cf! Leibniz, infra, 102.