TOUTE PERCEPTION À SON OBJET
qui s’éveillent dans l’âme indépendamment du cerveau, indépendamment de l’objet.
La perception va retrouver son objet. et elle en sera inséparable.
Ayant reconnu l’impuissance de l’âme et du corps à se toucher, il faut comprendre le vrai rôle de l’objet et du cerveau dans la perception. Et l’essentiel est ici dans le théorème : ordo et connexio idearum idem est ac ordo et connezxio rerum %.
Nous connaissions déjà là-dessus un axiome et un principe. L’axiome, c’est que la connaissance de l'effet dépend de la connaissance de la cause : l'effet et sa connaissance suivent, l’un de la cause, l’autre de l’idée de la cause. Des lois unissent les causes aux effets, les mêmes lois lient la connaissance des effets à la connaissance des causes. — Le principe, c’est que toutes choses, perceptions et perçus ne sont que des modalités de l’être unique et simple, Dieu, en qui elles trouvent leur unité; et déjà, en nous apprenant que les attributs n’interagissent pas, on nous avisait qu’un être peut enclore une infinité d’attributs dans son unité #4. — Pensée et Etendue ne sont qu’une même chose « envisagée » sous deux attributs, « s’expliquant » par deux attributs, « exprimée » de deux manières, « conçue » sous deux attributs. Entre un cercle et l’idée d’un cercle, une perception et son objet, un mouvement et sa volition, il y a une liaison plus intime que la causalité, et le cercle et son idée sont « la même chose » 45. — « Suivant que les idées des choses s’ordonnent dans l’âme », répète enfin la V° partie, quand on va parler de liberté et d’éternité, « les affections du corps sont corrélativement ordonnées dans le corps » 46.
Etendue et pensée, corps et âme ne se touchent ni ne s'influencent, mais, n'étant que deux expressions d’une unique réalité, il y a entre eux « parité »#, et les idées sont les idées des choses, les choses les idéats des idées. Toute réalité objective a sa réalité formelle, tout fait corporel sa perception, toute perception son objet. Les deux attributs humains sont parallèles non seulement parce qu’expressions de la même réalité mais parce que soumis aux mêmes lois, celles des efficientes. Res ideatæ, choses perçues naissent et s’enchaînent dans la matière de la
43. E., IL, 7. — 44. E,, I, ax. 4; P° M,, II, VII: E,, I, 10; cf. Leibniz, 97. — 45. E,, IL, 7, SC. = 46. E., N, 1. — 47. E., IT, 28.