SPECIES EXTÉRIEURE OU CÉRÉBRALE CRÉÉE
les visions et locutions divines aient un objet extérieur, et que Dieu ou N.-$., sans se montrer, sans parler, crée un objet réel pour le voyant. Ils croient même avoir vu l’image de cet objet sur la cornée de leurs Bernadettes 2. C’est eux que l’on suit quand on oublie le caractère exclusivement imaginatif ou intellectuel des visions thérésiennes, et quand on travestit la transverbération au point d'en montrer les cicatrices sur le malheureux cœur de la sainte.
Sauf à cette extrême droite, on ne fait pas porter la vision sur un objet extérieur mais sur un objet « interne », spirituel, sur une trace cérébrale.
Cette empreinte ou cette espèce est-elle créée par Dieu pour les besoins de la vision ? Ou Dieu, dérangeant le moins possible le cours des choses, se contente-t-il d’exalter les traces déjà existantes, déjà formées par la nature ? Si la Vierge dit à Bernadette : « Je suis l’Immaculée Conception », et si l’enfant n’a jamais entendu ce mot, la vision sera évidemment une création d'espèces, et cette thèse à ses partisans. L’exemple de sainte Thérèse ne lui est guère favorable.
Dieu se met toujours à la portée de Thérèse. Dieu parle comme elle écrit, comme les auteurs qu’elle fréquente, comme parlent ses maîtres. Les ordres du Seigneur apportent des solutions prévues aux problèmes qui la préoccupent. Quand il lui dit : « fonde à Ségovie », nous avons le droit de croire que cette mission n’était pas imprévue. Thérèse ne nous dit pas qu’elle ait eu des révélations concernant des inconnus ou des faits imprévisibles. N.-$. apparaît sous les traits et dans les attitudes popularisées par la peinture. La mémoire de Thérèse était toujours « capable » de ses visions, et l’inouï n’est jamais que dans la splendeur, la profondeur ou l’éclat du discours où du tableau. Dieu s’accommode à notre faiblesse. Il se montre dans la mesure où nous sommes capables de sa vue ?. Deus omnia movet secundum modum eorum. Certains effets regarder une statue et croire qu’elle se meut, parle,
2. Saudreau, Etats mystiques, 211. Poulain, Grâces d’oraison, 325. Farges, Théologie mystique, II, 51. — 3. Vie, XXXVIIT, XXVIII.