VISIONS : HALLUCINATIONS DIVINES
les met lui-même en nous, remplis de sa présence et rendus capables de grands effets.
Il fait les visions avec les hallucinations comme les extases avec les syncopes ; et ce recours à « la maladie » pour élever les âmes ferventes à toujours inquiété, nous l’avons vu, les mystiques théologiens « Dieu nous perfectionne selon notre nature et 1l commence par le plus bas » 6. Au début de nos progrès mystiques, les hallucinations divines et les syncopes extatiques, plus que l’union à Dieu dans la foi nue, sont en harmonie avec notre « animal nature »; elles ont d'emblée et longtemps une admirable efficacité pour nous aider à franchir les plus rudes étapes de la vie spirituelle, Ce grand effet les sépare radicalement des hallucinations pathologiques ou démoniaques. Celles-ci, permises par Dieu, ne sont capables de provoquer que notre abaissement; les visions divines, les hallucinations faites par Dieu, nous élèvent. Par elles ou en même temps qu’elles, Il infuse en nous la force et la vertu; et si nous pouvions refuser la vision, nous ne serions pas pour cela privés de ses fruits.
On est bien près ici, sans quitter sainte Thérèse, Jean de la Croix et les croyants, de la conduite du savant qui voit dans les visions thérésiennes le produit naturel de l’Inconscient; non pas malade ou réduit à l’automatisme neurologique, mais doué d’une activité spirituelle supérieure, capable de se subordonner une conscience et une personnalité puissantes, et de les hausser à une grande œuvre, Les croyants, la foi, se refusent à concéder pareille efficience à la nature; ils n’admettent pas d’inconscient, d’automatisme psychologique ou neurologique, de physiologie ou de pathologie sanctifiants; pour eux, des hallucinations et des syncopes qui créent un héroïsme spécifiquement chrétien ou coïncident avec lui sont des visions et des unions divines.
Les visions thérésiennes sont des hallucinations, mais
elles ne sont le produit ni d’un inconscient malade ni d’un inconscient génial directeurs de la conscience; elles sont
& Jean de la Croix, Montée, II, XIV, XV, XXXVW.