‹ Études sur l'hallucinationChapitre 40 sur 366 · THÉORIE MOTRICE DE LA PERCEPTION · texte numérisé non relu

THÉORIE MOTRICE DE LA PERCEPTION

et non contemplatif, néglige toute sa perception sauf l'objet de son action, Et le silence de l’Ethique est d’autant plus surprenant que Spinoza sait dire ailleurs que l’homme imagine sa liberté parce qu’il est conscient de ses actions et ignorant de leurs causes 5.

En résumé, l'affection du corps humain touché par les corps extérieurs, la réflexion des esprits sur les parties molles du cerveau et leurs déformations enveloppent la nature du corps extérieur, en sont en quelque sorte l’image, le vestige. Parallèlement, dans l’âme, existe une idée de l’affection du corps, et cette sensation, à son tour, enveloppe l’idée du corps extérieur. Naturellement, ces perceptions sont fort inadéquates, mutilées et confuses, affectées d’un large relativisme; mais quand Spinoza énumère des exemples de cette relativité, il ne nomme guère que des états affectifs 5. On est loin des précisions de Descartes,

Une théorie plus souple et plus large que la théorie scolastique de l’image cérébrale s’entrevoit dans l’Ethique. Quand Spinoza affronte nettement la perception, il affirme que l’âme perçoit, non seulement selon les affections que subit son corps, mais selon la capacité de son corps à affecter les corps extérieurs ©. L'action de l’organisme sur le dehors importe autant que sa passivité. Un peu plus loin, quand les esprits se réfléchissent sur les traces cérébrales, leur rôle ne se termine pas là. Mobilisés par le corps extérieur et réfléchis par une surface cérébrale, ils continuent de se mouvoir et, dum reflexi moveri pergunt, ils affectent le corps humain %. Cette réflexion des esprits sur les parties molles et la suite de leur mouvement, c’est déjà ce qu’on appellera plus tard l’organisation et le commencement d’une action. Le rôle des esprits est de trans-. porter du mouvement des corps extérieurs au cerveau et du cerveau aux muscles; et dans la théorie spinoziste de la perception, c’est tout ce cycle des esprits qui constitue l'affection du corps correspondant à la perception.

65. IIT, 2, SC., par ex. — 66. E., I, et Cogitata : Bien-mal, Ordre-confusion, Chaud-froid, Beauté-laideur, Parfum-fétidité, Doux-amer, Dur-mou, Rugueux-lisse, Bruit-harmonie, Extrémité, fin, terme, Cécité, Ténèbres. — 67. E., II, 14; IV, 88, dém. — 68. E., II, 17, cor.

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