XVII
quand l’âme contemple les corps en cette condition, nous disons qu’elle imagine. Et ici, pour commencer d’indiquer ce qu’est l'erreur, je voudrais faire observer que les imaginations de l’âme considérées en elles-mêmes ne contiennent aucune erreur ; autrement dit, que l’âme n’est pas dans l’erreur parce qu’elle imagine; mais elle est dans l'erreur en tant qu’elle est considérée comme privée d’une idée qui exclut l’existence de ces choses qu’elle imagine comme lui étant présentes. Si en effet l’âme, durant qu’elle imagine comme lui étant présentes des choses n’existant pas, savait en même temps que ces choses n’existent pas, elle attribuerait certes cette puissance d'imagination à une vertu de sa nature, non à un vice; surtout si cette faculté d'imaginer dépendait de sa seule nature, c’est-à-dire si cette faculté qu’a l’âme d’imaginer était libre.
Quand affirmons-nous la présence d’un corps extérieur ? Il ne faut pas répondre « précisément quand un corps extérieur est là » ; il ne faut pas dire « quand un corps extérieur affecte notre corps » ; il faut respecter le langage spinoziste: « nous percevons un Corps extérieur quand notre corps est affecté d’une manière qui enveloppe la nature d’un corps extérieur ». Toute la théorie de l’image-sensation est là.
Quand la perception cesse-t-elle ? Ce n’est pas « quand le corps extérieur s’absente ou est détruit », ce n’est pas « quand le corps humain cesse d’être affecté par le corps extérieur », c’est quand le corps humain subit une nouvelle affection qui exclut l’existence ou la présence du corps extérieur.
Telle est la proposition XVII, suivie de la démonstration « cela est évident ». Spinoza ajoutera un peu plus loin # qu’il n’y a pas d’autre moyen de percevoir, ou, ce qui revient au même, d'imaginer.
L’âme a donc une perception et l’affirme tant que son corps est dans un état qui signifie la présence du corps extérieur; et l’âme ne se soustraira à cette affirmation que lorsque son corps subira « une affection contraire et plus forte ». Mais ces indispensables derniers mots n’apparaî-