VI INTRODUCTION
C’est bien Lui mais il ne dépêche vers nous ni quelque objet métapsychique, ni quelque espèce sensorielle ou imaginative créée pour la circonstance. Il se montre, il parle en remuant directement nos souvenirs et nos images, en les faisant descendre, du fond de l'inconscient où il les actionne, vers les sens où ils s’épanouissent. Il provoque de véridiques visions de sa personne qui sont pourtant — normales, supérieurement saines et magnifiquement utiles — de très ordinaires hallucinations.
La sainte est la première à reconnaître que les visions pathologiques les singent exactement et qu'on ne peut prouver leur origine céleste. Leurs critères, intrinsèques ou extrinsèques, ne sont pourtant pas médiocres. Le plus sûr est la lumineuse certitude de celui qui n'est plus le rêveur et l'hébété de nos ordinaires veilles, mais qui est enfin éveillé à la lumière divine. Un autre critère, le plus accessible à la raison que n'éclaire point la foi et que ne vivifient pas les dons, se trouve dans les effets spécifiques des visions chrétiennes, dans la double héroïcité des vertus intellectuelles et des vertus morales, de l’action et du renoncement, dans les petits livres et les humbles fondations d'une Thérèse d'Avila, dans « la petite voie » d'une Thérèse de Lisieux et non dans les in-octavo d’une Guyon et le rendement industriel d’une Eddy.
Théologiens et mystiques aidant, quand les cartésiens rencontreront l'hallucination, ils auront une riche matière métaphysique et psychologique à exploiter. Ayant choisi d'étudier Spinoza et Leibniz, nous laisserons à regret Descartes et Malebranche. Descartes doit infiniment au passé, ses synthèses et ses nouveautés n'auront qu'un succès fugitif, et Leibniz ne contredira pas ses correspondants quand ils traiteront la biologie cartésienne de