‹ Études sur l'hallucinationChapitre 52 sur 366 · L'HALLUCINATION PERSÉVÈRE DANS SON ÊTRE · texte numérisé non relu

L'HALLUCINATION PERSÉVÈRE DANS SON ÊTRE

En la déclarant non seulement possible mais constante, Spinoza descend à un parallélisme limité à l’individu : ïl pose que les événements cérébraux de la perception physiologique suffisent à exiger la perception psychique, il postule l’identité physiologique de la perception et de l’image et, par application d’un parallélisme qui ne sort pas du sujet et n’atteint pas l’objet, il obtient l'identité psychique de la sensation et du souvenir. Mais cet isolement de l'individu et cette exclusion de l’objet est illégitime et Spinoza fait ici de l’homme, contre tout Spinoza, un empire dans un empire 8.

Un autre obstacle aurait pu arrêter Spinoza. Une idée vraie n’est pas seulement une idée qui s'accorde avec son objet et ne se distingue pas seulement d’une idée fausse par ce « caractère extrinsèque ». Entre l’idée vraie et l’idée fausse 1l y a, outre l’accord avec l’objet, une différence intrinsèque, qui les distingue « principalement » ?. Entre la perception et l’image (objet présent, objet absent) il doit donc y avoir une autre différence que l’absence ou la présence de l’objet; une différence « intrinsèque » s'impose. Mais Spinoza ne cesse de la nier et ne soupçonne nulle part la possibilité d’une difficulté entre le spinozisme et la vieille théorie de l’image dont il subit le prestige.

Indistinct de la perception, le souvenir à encore une puissante qualité : il va persister indéfiniment, toujours conscient, toujours hallucinatoire.

Qui permet cette monotone hallucination ? Avant tout la tendance de l’être à persévérer dans l’être. Une perception, un plaisir, une image est une chose 1. Comme à la flamme de la bougie qui — si elle était seule — persisterait indéfiniment, le vieil aphorisme s'applique à l’image et, adéquate ou inadéquate , vraie ou fausse, utile ou nuisible, une image livrée à elle-même persistera, intégrale, toujours. Rien en elle ne lui permet de s’évanouir, de s’écarter ou de se transformer.

Ce principe de changement, on ne le trouverait pas davantage en nous. L'âme spinoziste est effort constant,

SE III, préf. — 9. RE, 41: — 10. E., I, défin. 2 — 11. III, 9: C. T, L2;22/

Page 1