‹ Études sur l'hallucinationChapitre 60 sur 366 · UNE AFFECTION IRRÉDUCTIBLE AI · texte numérisé non relu

UNE AFFECTION IRRÉDUCTIBLE AI

tion s'impose et ici intervient l'affirmation célèbre : la raison voit les choses comme elles sont, comme nécessaires ; mais cette nécessité est celle de Dieu éternel; considérer les choses comme nécessaires revient done à leur attribuer cette éternité, d'autant que les affections rationnelles portent sur les propriétés communes des choses #, que nous considérons toujours comme présentes et qui se laissent aisément concevoir sub specie aeternitatis ®.

Dès lors, concevoir rationnellement du passé, du futur ou du présent, avec la même nécessité, c’est éprouver à son égard la même certitude, c’est en avoir la même idée adéquate, c’est être affecté de la même manière *#.

Le remède aux excès de la réduction est trouvé. Grâce aux notions communes, jamais réduites, aux certitudes rationnelles, à notre faculté de considérer les choses comme éternelles, l’image du passé ou du futur, faite plus débile par les images réductrices du présent et du temps, reprend tout son éclat, toute sa force, toute son efficacité.

Le même mécanisme régit nos images du contingent, du possible, du nécessaire, du libre.

Une théorie de l’affectivité fondée, comme le sera celle de Spinoza, sur l'intensité des images, va préparer ici une de ses conclusions : le plus vif amour est celui de Dieu. Un possible, un contingent est infiniment plus exposé à des nuées de réducteurs qu’une chose à qui sa nécessité donne un peu de l’irréductible des notions communes. Mais le nécessaire, à son tour, est moins vivement imaginé que le libre. La chose nécessaire — nécessitée —, ne se suffit pas; elle est prise dans l’enchevêtrement des causes, soutenue par certaines perceptions, exclue et réduite par d’autres. La chose libre, au contraire, dégagée des causes, indépendante, peut être imaginée isolément, « simplement »; elle est ainsi plus ou moins abritée contre les réducteurs et elle oriente plus ou moins le sujet vers le monoïdéisme. Nous savons du reste qu’une seule chose est libre, et c’est l’individu qui totalise la Nature : Dieu. Nous pouvons donc

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